Comment j'ai réussi à m'extirper du monotone de mes trajets RER par Vanessa Vaz

Que dire de ce recueil de nouvelles ? Les pages s’en tournent facilement pour découvrir une floppée de personnages, de chemins vie, de psychologie, d’écriture différents. Normal, ce sont des nouvelles. Malgré tout, une sensation de fluidité.

Et pourtant, ce livre, je l’ai lu dans mes trajets journaliers du RER, entre deux changements.

Drôle de coincidence.

Drôle de coincidence, parce que du Vietnam, en passant par la France profonde, Paris et la banlieue, on retrouve tout de même un dénominateur commun : le quotidien. Un quotidien par lequel on se sent happé, et qui nous fait courir le long de ce livre. Sept nouvelles, sept histoires dans lesquelles on se jette en apnée, ne reprenant sa respiration que le point final venu.

Le livre s’ouvre sur Pelure d’oignon, qui met en scène un personnage que l’on ne voit plus sur notre chemin du quotidien, justement. Un SDF, qui utilise un petit lapin, Pelure d’Oignon, pour attirer les badauds, qui, bien qu’ingrats, ont le coeur fondant devant les choses duveteuses. On tombe dans l’absurde lorsque survient le kidnapping de la petite chose par une mafia dangereuse. Mais là n’est pas le pire à redouter, dans un monde où l’innocence est aléatoire.

Vient ensuite Salaud de Deacon, pauvre Bridget, qui nous offre un billet pour la réunion, avec en ouverture et fermeture Amour, Gloire et Beauté, comme l’explique son titre. Ne fuyez pas : ici encore, un narrateur étrange. Un dieu-statuette, censé sauver les femmes de leur quotidien morne, avilies par la paresse des hommes. Elle tente d’améliorer leur condition avant d’être forcée de prendre forme humaine et jouer elle aussi au jeu de l’amour... auquel, on le verra, elle est en fin de compte tout sauf maîtresse en la matière.

Espoir et Spire nous explique les rituels et enfermement d’une famille dont le quotidien se calque sur la culture du chou, autour de places familiales immuables. Un enfermement et un isolement hors du monde et du temps qui permet (en illusion) leur équilibre. Au final, le verdict tombe : la chute.

Les Silences de Minh raconte les difficultés d’un jeune vietnamien à mettre derrière lui un passé douloureux, et comprendre les problématiques et quotidien de son pays d’accueil, la France. Scission politique, culturelle, problèmes d’intégration... il parvient cependant petit à petit à se délivrer, à force de rencontres.

L’éclipse est l’histoire douloureuse d’un deuil ; un deuil inattendu et insurmontable en apparence. C’est l’histoire de jours dont l’héroïne ne voit pas le bout. Elle choisit de se cacher et s’enferme dans un quotidien morne et sans surprise, pour se préserver de la douleur. Tout cela jusqu’à ce qu’une odeur l’extirpe de force de sa torpeur et fissure petit à petit sa chrysalide.

Pomme de discorde se passe dans une fête foraine. La narration, elle, se partage entre deux personnages. D’un côté, Vincent, forain, éperdument attaché à une poupée aux cheveux bleus, cadeau empoisonné du passé. De l’autre, Oreste, dessinateur sans imagination, qui est prêt à tout pour parfaire son croquis. Au milieu du quotidien bruyant et des confiseries, le macabre ne tarde pas à poindre.

C’est le gaming qui rythme Démon du jeu, et qui montre la vie d’une adolescente dont la famille se dissèque au réel. Elle décide donc de la reconstruire dans le jeu vidéo Another Life. Une évidence apparaît : son quotidien ne mérite d’être vécue qu’au virtuel. Alors que son impuissance grandit «In Real Life», elle décide d’agir là où elle peut maîtriser son quotidien, aidée d’une amie virtuelle

Au final, je retiendrais de ce livre qu’il n’y a pas d’âge pour saisir les rouages d’une belle plume. Que l’amour des mots et l’harmonie n’est pas une science. Que l’écriture, chez ces différentes auteures, ne semble pas un travail, mais un besoin. En somme, j’avais entre les mains un beau livre.

Mention spéciale à Espoir et Spire, dont la finesse d’écriture m’a soufflée. C’est avec habileté, et au fil des parties, que la psychologie des personnages se creuse, jusqu’à nous laisser béat. On ne peut que se laisser guider, la gorge sèche, conscient de l’étau qui se resserre.

 

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