Comptine pour l'enfant-soldat, Chris Abani

Quatrième de couverture

My Luck à quinze ans. Enrolé à la tête d'une unité d'enfants-soldats, il tue pour survivre et parfois pour le plaisir, comme le lui ont appris les adultes. Il ne crie plus, car on lui a coupé les cordes vocales, mail il entend toujours les hurlements de sa mère assassinée sous ses yeux, les légendes que lui racontant son grand-père, et la voix d'Ijeoma, une gamine de son unité qui a sauté sur une mune.

Dans cet enfer où les fleuves ne charrient que des cadavres, où le mal et le bien n'ont plus de sens, et où victimes et bourreaux mènent un même combat, la déroute infernale de My Lucks sonne comme une terrible prophétie.

Chronique d'Alexandre

Je vous parlerai aujourd’hui le livre « Comptine pour l’enfant-soldat », de Chris Abani.

My Luck est un enfant-soldat comme tant d’autres, perdu dans une guerre civile sanglante d’un pays d’Afrique. Il dirige un peloton de démineurs, une douzaine d’enfants de son âge, tous enrôlés dans l’armée volontaires ou non.

Comme à ses amis, on a retiré sa voix à My Luck une fois qu’il a eu terminé son entraînement. Leur laisser la voix était trop dangereux pour l’unité de démineurs. La tâche demande trop de concentration et la moindre perturbation peut tout faire sauter. Aussi, on les empêche de s’interpeler les uns les autres en cas de danger pour éviter que la personne à la tâche ne sursaute.

Comme aux autres, on a appris à My Luck à oublier son innocence, à mettre de côté sa conscience pour obéir aux ordres sans broncher. Il faut pouvoir répondre vite et bien à un ordre, même s’il s’agit de commettre les pires atrocités.

Maintenant, My Luck et ses camarades ont l’habitude de tuer. Parfois ils n’aiment vraiment pas le faire. Parfois, ils y prennent du plaisir… Cette habitude leur est venue en même temps qu’on leur à volé leur innocence dans cette guerre dont ils ont oublié et ne comprennent pas le sens. Cette guerre qui, au fond, est tout ce qu’ils connaissent et tout ce qu’ils savent faire…

« Comptine pour l’enfant-soldat » est un ouvrage simple et facile à lire. Deux ou trois heures peuvent suffire, mais attention à ne pas vous laisser piéger par le peu de difficulté de la lecture ! Cet ouvrage est tout sauf inintéressant et désuet.

Pour une fois, je dois avouer que je suis amplement d’accord avec toutes les critiques que j’ai pu lire tant dans la quatrième de couverture que dans les extraits d’articles de journaux. Tous s’accordent sur la beauté du personnage et sur le côté émouvant de sa détresse. Force est d’admettre que je partage amplement cet avis. Ce qui suit va probablement étayer cette affirmation.

Tout au long du récit, on suit le cheminement intérieur de My Luck. Au hasard d’une explosion, il a perdu la trace de son peloton et cherche désespérément à les rejoindre. Chacun des chapitres est une incursion dans son esprit, dans ses souvenirs et son historique de soldat, son histoire personnelle, la dureté de son quotidien depuis la guerre.

L’auteur nous fait vivre les états d’âme de son héros avec des mots simples et un discours aussi franc que direct. My Luck ne prend pas de gants pour dire ce qu’il pense, il parle avec ses mots d’enfant de quinze ans, mais aussi avec des mots d’adultes, apportés par une guerre qui l’a fait murir trop vite.

Cette dureté et cette franchise dans les mots donne à My Luck une image de fragilité et de détresse enfouies sous une carapace qu’il a appris à se forger avec le temps et les actes de barbarie dont il a été le témoin, voir l’acteur forcé dans sa carrière de soldat. Image assez cliché, c’est vrai, mais suffisamment bien présentée pour que l’impression de personnage générique ne soit vraiment pas présente. Le héros à sa personnalité propre, ave le vécu commun à tant d’enfants de sa condition.

Avant de lire cet ouvrage, savoir qu’il existe des enfants-soldats n’est déjà pas agréable, mais après la lecture, il faut avouer que c’est franchement révoltant. Non pas parce qu’ils n’ont pas leur place dans un conflit armé (c’est une évidence) et qu’il est inadmissible qu’ils se fassent tuer pour quelque cause que ce soit, mais surtout parce que l’innocence de l’enfance et la jeunesse de ces enfants leur est volée par des individus qui se soucient plus de leur avancement et / ou des finances de leur armée (selon le poste qu’ils occupent).

Vous décrire plus en détail les sentiments qu’évoque la lecture de l’ouvrage m’est assez difficile, aussi, je ne peux que vous conseiller de vous ruer dessus et de parcourir ses pages par vous-même.

Un livre que je conseille à tous, sans restriction particulière, si ce n’est que ça n’est pas une lecture pour jeune enfant.

Alexandre

 

Albin Michel

193 pages

18 euros

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Date de dernière mise à jour : 24/05/2012