L'échappée, Valentine Goby

 

Quatrième de couverture

« Nous marchons, suivies par la foule, têtes rasées parmi les décombres de l'avenue Janvier, de la rue Saint-Hélier dévastée, criblée de béances et d'immeubles en ruine, pendant des semaines c'étaient des gravats enchevêtrés de poutres, de meubles brisés, chambres, cuisines, salles à manger réduites en poussière, éclats de verre, j'imagine que c'était comme ça, tout est déblayé et vide maintenant, je trébuche sur des souvenirs que je n'ai pas, les bombardements ont eu lieu sans moi, j'étais terrée dans un couvent mais je sais tout, ils m'ont fait ce que la guerre leur a fait. »

L'échappée ou le destin d'une jeune paysanne bretonne coupable d'avoir aimé un pianiste allemand pendant l'Occupation. Avec ce quatrième roman, Valentine Goby signe un livre tragique et puissant sur l'identité et la liberté.

 

Chronique de Ailayah

Et bien voilà, c'est pour ce genre de livre que tous les ans je vais au salon du livre et que j'achète des romans dont je n'ai jamais entendu parler mais qui me tentent. Et je n'ai vraiment pas été déçue.

L'intérieur de ce livre est aussi beau que sa couverture ! J'en étais tombée amoureuse en le voyant au salon. Cette couverture à la fois belle et sombre est le parfait reflet de ce que contient ce roman. Ce fut un véritable coup de cœur pour cette magnifique histoire.

C'est l'histoire d'une femme qui se cherche, qui, après sa destruction totale, tente de se reconstruire, et de vivre, ou plutôt survivre. Tout se déroule autour de la Seconde Guerre Mondiale. Une femme tombe amoureuse d'un allemand. Malheureusement, ce qui se passe après la guerre est presque pire qui ce qui s'est déroulé pendant. Vengeance, haine. C'est une guerre interne qui continue.

L'écriture de Valentine Goby nous dit par la syntaxe ce que les mots eux-mêmes nous racontent et c'est magnifique. On suit une jeune fille qui au début est pleine d'innocence, de pureté, mais que la guerre détruit totalement et qui par la suite est beaucoup plus mûre. C'est ce que l'écriture de Valentine Goby nous fait ressentir. Son écriture hachée au départ est elle-même l'innocence et la pureté de l'héroïne. Mais la guerre détruit cette innocence des mots et des phrases en même temps qu'elle détruit la jeune femme. L'écriture moins hachée par la suite reflète le changement qui s'est fait chez l'héroïne.

Le livre est divisé en plusieurs parties dont une qui est absolument sublime, c'est "miserere". Comme son nom l'indique, c'est un chant de désespoir magnifique qui nous montre à quel point la guerre a détruit l'homme, et à quel point l'homme peut faire subir exactement ce qu'il a subit à ses ennemis. La « vengeance » au niveau local est aussi violente que la guerre elle-même. L'après-guerre, c'était encore la guerre, et c'est ce que montrent cette partie et même le roman en général. Bref, c'est vraiment un énorme coup de cœur que je vous conseille vivement.

 

L'échappée

Valentine Goby

Gallimard

257 pages

6,10 €

 

Ailayah

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Date de dernière mise à jour : 21/01/2016