La beauté sur la terre, Charles-Ferdinand Ramuz

Quatrième de couverture

« Laisse-lui la liberté », disait-on dans la salle à boire. Qu’est-ce que tu veux la faire travailler ? elle n’est pas faite pour ça. Laisse-lui la liberté, sans quoi tu risques de l’éteindre… C’est comme les ailes des papillons : si tu les touches, elles deviennent grises… Laisse-la courir… »

Juliette, une jeune orpheline cubaine, rejoint son oncle dans un village près du lac Léman. Sa beauté réenchante le monde : elle illumine la terre, l’air et l’eau. Mais est-elle, pour les hommes qui la contemplent et la désirent, une bénédiction ?

 

Chronique d'Alexandre

Je vous parlerai aujourd’hui du livre « La beauté sur la terre », de Charles-Ferdinand Ramuz.

Lorsque Milliquet apprend le décès de son frère, qu’il n’a plus vu depuis trente ans, il est loin de se douter qu’il héritera non pas de meubles, de biens immobiliers ou encore d’argent, mais bien d’une nièce de dix-neuf ans qui doit arriver dans les trois semaines par bateau.

Lorsque celle-ci arrive, elle s’enferme dans la chambre que son oncle lui a préparée pour ne pratiquement plus en sortir et ne parler que pour dire le stricte minimum. De temps en temps, elle donne un coup de main au bar familial

Coup de main qui fera venir une clientèle plutôt inhabituelle et vaudra au final quelques ennuis au propriétaire. L’ambiance du troquet changera du tout au tout, les clients ne venant presque plus que pour admirer la beauté de Juliette. Raison qui la dérangera au plus haut point, l’amenant à retourner s’enfermer dans sa chambre.

Lorsque la femme de Milliquet n’en peut plus Juliette est chassée de la maison et ne trouvera refuge que chez Rouge, l’un des clients les plus fidèles de l’établissement de son oncle. Celui-ci l’accueille sans rechigner et l’installe même comme une reine. Commence alors pour Juliette, Rouge et Décosterd (l’employé de Rouge) une vie en commun qui ne sera pas vraiment pour plaire à tout le monde.

La beauté sur la terre est un ouvrage qui m’a vraiment donné beaucoup de difficultés à la lecture. Non qu’il soit d’une rare complexité, au contraire, mais le style de l’auteur, ses envolées lyriques et le rythme très incertain de l’histoire ont eu un effet fortement soporifique sur moi.

Vous l’aurez compris, une fois n’est pas coutume, ça sera une chronique plutôt négative que je vous livrerai ici.

Pour commencer, le point qui m’a paru le plus ennuyant dans cet ouvrage est sans aucun doute les envolées lyriques et descriptives de l’auteur. Non que le style ne soit mauvais, mais la longueur des descriptions est assez impressionnante et leur fréquence nuisent gravement au rythme de l’histoire. Très platement, on peut sans risque d’exagérer considérer qu’on trouve dans La beauté sur la terre trois à quatre page de descriptions de paysage contre une page d’action ou de description de personnages. Tout au long de ma lecture, j’ai eu l’impression que l’histoire n’était qu’une excuse à un exercice de style. Un gros sentiment de frustration donc, le sentiment d’être passé à côté de l’histoire au profit d’une démonstration de vocabulaire.

J’ai quelque peu parlé du rythme du récit lors du point précédent, celui-ci étant fortement lié aux descriptions et envolées lyriques. Outre ceci, les phases d’accroche de l’histoire, les évènements marquants arrivent (ce qui est déjà pas mal) à chaque fois beaucoup trop tard. Le lecteur à le temps de perdre le fil de l’histoire de ou trois fois au fil des descriptions avant qu’il ne se passe quelque chose. Les premières pages du récit ainsi que sa quatrième de couverture nous laissaient pourtant augurer le contraire. Deuxième grosse frustration donc pour moi à la lecture.

Précisions aussi que les quelques scènes d’action présentes ont un bon canevas et conservent tout de même un certain aspect accrocheur, malheureusement terni par les effets de style…

Autre point qui m’a également pas mal dérangé, celui de l’exercice de style lié à la concordance des temps. Le récit saute sans cesse du présent au passé, parfois même dans une seule et même phrase pour nous parler d’un même sujet. Non que je sois à cheval sur les convenances, loin de là, mais chaque chose à ses limites. Et à mon sens, dans ce cas-ci, elles sont largement dépassées. L’effet est tellement présent qu’on se perd   à chercher à comprendre et garder le fil du récit.

A côté de ça, comprendre ce qui est expliqué n’est pas des plus compliqué, admettons-le à la décharge de l’auteur.

Notons tout de même que La beauté sur la terre est tout de même un ouvrage qui pourrait se révéler fort intéressant dans le cadre d’une analyse littéraire pour un cours de français portant sur les figures de styles présentes en littérature moderne et en poésie.

Comme dit au début, c’est une chronique fort négative qui est livrée ici, mais j’avoue n’avoir pas réussi à trouver d’autre point positif que celui décrit ci-dessus…

 

Alexandre

Folio

273 pages

8,55 euros

Commentaires (2)

Savoyard
Les goûts, littéraires ou autres, ne se décident pas. Vous n'avez pas apprécié le style de l'auteur, c'est un fait qui ne se discute pas. Vous n'avez ni tort, ni raison, il n'y a pas de vérité absolue en matière de ressenti.

Personnellement j'apprécie le style de cet auteur qui a recréé un parler populaire et paysan. Ce n'est pas un travail d'imitation, ce qui serait lourd, laborieux et ridicule mais bien une création littéraire. Une sorte de langue populaire mais sans vulgarité ni gros mots. Les tournures évoquent le patois mais le vocabulaire utilisé est issu du francais usuel et actuel. Le style de Ramuz est donc accessible à tout le monde, ce qui fait sa force.

J'ai découvert Ramuz en écoutant l'Histoire du soldat de Stravinski. Il a écrit le texte de ce petit compte musical. C'est une réussite, un condensé de tout l'art de l'écrivain allié à la musique du grand compositeur.
M.Ramuz
  • 2. M.Ramuz | 04/09/2013
J'ai lu ta critique et malheureusement, j'ai été déçue par le manque d'ouverture d'esprit. Que Charles Ferdinand Ramuz ait une plume particulière certes, mais de là à qualifier ce livre d'ennuyeux et d' "excuse à un exercice de style"... Ramuz est un écrivain spécial,oui, mais combien de ses collègues ont réussi à s'inventer une langue à l'intérieur d'une autre déjà pleine de convention ? Connaissez-vous beaucoup d'auteurs dont on reconnaît la griffe en ne lisant que quelques lignes ?

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Date de dernière mise à jour : 24/05/2012