La Vallée des masques, de Tarun Tejpal

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Quatrième de couverture

Au cours d une longue nuit où il attend ses assassins, d anciens frères d armes, un homme raconte son histoire et celle de son peuple, une communauté qui vit recluse dans une vallée inaccessible, selon les préceptes d un gourou légendaire : Aum, le pur des purs, le porteur de vérité...
Là, dans un souci d égalité absolue, les hommes n ont pas de nom mais un matricule, pas de visage mais un masque identique pour tous. Et pourtant, dans cette société qui se veut égalitaire, certains sont plus égaux que d autres. Au fur et à mesure qu il s élève dans la hiérarchie, jusqu à en devenir un des chefs, le héros découvre les écueils de cette utopie, ses perversions, sa cruauté envers ceux qui dévient du droit chemin et les compromissions de ceux qui, au nom de la pureté, n hésitent pas à éliminer chaque grain de sable. Un de ces grains de sable finira par ouvrir les yeux du héros qui fuira vers le monde extérieur où il découvrira la musique, la lecture, le rire, l amour... et la beauté salutaire du doute.
Une réflexion profonde et sans aucune complaisance sur les questions fondamentales qui agitent les sociétés humaines : l individu face au groupe, les maladies du pouvoir, les perversions du dogme, la dictature de la pureté, les dangers de la rhétorique, et l inhumanité de toute quête de la perfection absolue.

Chronique de Garlon

Je sors cette fois de mon genre de lecture habituelle pour vous présenter une dystopie à l’histoire extrêmement bien conçue et décrite avec un grand talent.

Un homme se sait traqué. Il sait que ses assassins vont l’avoir, très certainement cette nuit. Il se décide donc de raconter, avant leur arrivée, son histoire.
Il vient d’une vallée cachée, d’un endroit secret dans lequel vit une grande secte, une société basée sur des idées.
Tous les hommes n’ont qu’un seul but, cheminer vers la vérité de leur guide, leur prophète, Aum, et porter un masque à son effigie. Et, pour ce faire, ils sont prêts à tout...

J’ai été littéralement fasciné par cet histoire, qui m’a permis de découvrir le genre de la dystopie.

Tarun Tejpal a créé une secte vraiment étrange, et en tous points cohérente. On viendrait me dire qu’elle a réellement existé et existe encore que je ne serais pas étonné, tellement l’esprit humain est malléable. Cet aspect, le fait que cette société est tellement réaliste qu’elle pourrait réellement exister, donne à lui seul un aspect vraiment fascinant au récit, captivant le lecteur.
La société qui nous est ici dépeinte est fort différente de la notre, et en tous points. Depuis leur plus tendre enfance, les enfants sont privés de famille, l’amour et l’amitié sont proscrits.
Personne dans cette société ne connait l’identité de ses parents, étant élevé par une foule de mères différentes. Le but : supprimer tout attachement, que cette société traite comme une faiblesse.
Les jeunes sont élevés de façon extrêmement rude, avec pour objectif de devenir “purs”, des êtres ne ressentant presque aucune émotion, si ce n’est une fascination sans borne pour leur prophète et ses représentants, les Grands Timoniers.
Une fois plus grands, les enfants se voient couvrir d’un masque : un visage qui a pour but de supprimer toute notion d’identité, toute envie personnelle. Dès lors, ils ne verront plus leur vrai visage.
Toute forme de plaisir est interdit, et les habitants doivent veiller à résister à toutes les tentations. Ainsi, le sexe est une genre de grosse orgie, tout attachement étant interdit, le changement de partenaire étant obligatoire. Et le seul but de cette activité, en plus d’expulser ce qu’il faut du corps, est de résister aux plaisirs, de vaincre les envies (du moins, dirons-nous, c’est l’excuse invoquée dans l’hypocrisie de cette croyance). Et, bien entendu, les femmes sont rabaissées aux seules fonctions de gardiennes d’enfants et de prostituées.
Voici, en gros (je ne veux pas en dire trop pour ne pas vous supprimer le plaisir de la découverte) la société que nous fait découvrir l’auteur.
Tout un mythe est créé, toute une philosophie développée pour permettre la création de cette secte.
J’ai été vraiment fasciné par la découverte de cette société, qui m’a vraiment écoeuré au plus haut point.
Cette société fascinante, d’une hypocrisie et d’une cruauté sans nom aura un grand effet sur le lecteur : il sera pris par la lecture, sans pouvoir lâcher le livre, mais avec une boule de dégout au ventre, une haine pour cette secte horrible.
On remarque que, dans leurs principes mêmes, il y a d’énormes contradictions : on prône l’égalité de tous, mais on ne manque pas d’avoir des personnes “plus égales que d’autres”, de torturer et tuer les frères qui ont des idées ne fut ce que légèrement différentes, ou qui prennent plaisir à quelque chose, comme la musique, totalement interdite, on parle de fraternité, de soutien les uns envers les autres, mais on n’hésite pas à laisser mourir un frère agonisant qui n’a simplement pas fait une épreuve de la bonne façon.
Ce ne sont là que quelques exemples de cet horrible aspect de cette société, de son hypocrisie et de ses horribles idées qui ne manqueront pas de dégoûter le lecteur.
De plus, cette secte tente de s’ancrer dans le reste du monde, pour ainsi imposer ses croyances à la terre entière.
Bien qu’ayant eu un peu de mal à me lancer dans l’histoire, je dois avouer que je n’ai plus pu lâcher le livre une fois que j’ai appris à connaitre cette société.
Le livre passe un message très fort au niveau de la quête de la perfection, de l’effet d’un groupe sur l’individu et de la manipulation de l’homme par ses semblables.
L’auteur a fait un travail sans pareil, a créé une secte extrêmement bien développée et nous montre ainsi le danger des croyances, la folie qui peut prendre les hommes et leur aveuglement face à ce qu’on leur raconte.

Le style d’écriture est vraiment superbe, parfois assez poétique, d’autres fois d’avantage plongé dans l’action ou dans des descriptions plus macabres, et cela accentue les aspects à la fois fascinants et repoussants de l’histoire.
De plus, le fait de la suivre à travers le regard d’un homme qui, une grande partie de sa vie, a été convaincu au plus profond de son coeur par les idées prêchées ne fait qu’augmenter tout cela, le portant à un très haut niveau.

Cette dystopie est donc une superbe histoire racontée avec un immense talent, visant à nous faire découvrir, à travers les yeux d’un ancien adepte, et avec un superbe style d’écriture, une horrible secte qui prive les gens de famille, d’amour, d’amitié, de plaisir, les pousse vers d’horribles croyances et n’hésite pas à aller jusqu’à la torture et l’assassinat pour obliger les habitants à suivre leurs principes.
On voit également les dangers de la manipulation de l’homme par l’homme, principalement au niveau des croyances, et, en lisant cela, on ne peut que remarquer que cette secte peut servir d'exemple aux égarements des diverses religions de notre monde, et à leurs dangers pour ceux qui croient aveuglément à tout ce qu’on leur dit.

En bref, une histoire horrible décrite avec un talent indéniable nous fournit donc un livre d’une excellente qualité.

Pour ma part, cette lecture m’a ouvert à un autre genre : la dystopie, et je ne compte surement pas m’arrêter à cette première découverte.


La Vallée des masques

Tarun Tejpal

Albin Michel

464 pages

22,90 €


Garlon

Commentaires (1)

Cajou
Hé bien, j'hésitais pour ma nouvelle lecture et ton billet rend les choses plus faciles : ce sera celui-là !
A dans quelques jours pour la comparaison de nos ressentis :)
Cajou

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Date de dernière mise à jour : 17/09/2012