L'Ange de la Mélancolie, de Nicolas Liau

 

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Quatrième de couverture

Tout au long de ses deux recueils, rassemblés en un seul volume, Nicolas Liau nous propose sa vision des relations entre les hommes à travers des manifestations surnaturelles ou oniriques qui, tantôt effraient, tantôt intriguent, mais ne laissent jamais indifférent. Dans L'Ange de la mélancolie, il développe un monde unique, dans lequel les rapports entre hommes jouent la carte de l'amour, de la trahison et de la déception, et où le fantastique devient l'ultime échappatoire à la folie. Il y pose les bases d'une interrogation pertinente sur notre capacité à comprendre autrui et à l'accepter. Chaque nouvelle devient une petite perle douce-amère qui saisit aux tripes et perturbe le lecteur. Dans Quand je serai grand, je serai mort, salué par la critique et entièrement révisé et recomposé, il propose un monde plus nuancé, teinté de l'eau des contes, dans lequel la réalité se tord pour laisser place à des surgissements étranges ou inquiétants. Touché par la grâce, chacun de ses récits ouvre les portes d'une autre dimension où les lois naturelles n'ont plus cours et où le lecteur se retrouve déstabilisé par ce qui survient. Dans des environnements réalistes ou merveilleux, il peint, dans un style poétique et soigné, des apparitions qui changent le quotidien de ses personnages et entraînent le lecteur dans un univers unique, qui fait de cet auteur, un sérieux espoir de la littérature de genre en France.

 

Chronique de Garlon

Entrons cette fois dans un univers très particulier.

Nous avons ici un recueil de nouvelles (qui est en fait le regroupement de deux recueils de l’auteur).  Chaque histoire plongera le lecteur dans l’horreur du comportement humain grâce à une flopée de nouvelles (bien souvent fantastiques), plus noires les unes que les autres.

En lisant ce recueil, on ne peut que se sentir mal à l’aise, perturbé par ce que nous lisons, horrifiés par le comportement des personnages. Tout est fait pour que le lecteur voie le plus noir de l’homme, ce que ses émotions peuvent lui faire faire de plus horrible. Nous baignons donc dans une ambiance vraiment malsaine qui ne laissera personne indifférent.

Tout cela se voit tout au long des deux recueils, dans lesquels c’est principalement l’amour qui entraine la folie (et ce surtout en ce qui concerne le premier), si je puis dire, étant donné que la plupart des évènements ont lieux à cause de problèmes dans les relations amoureuses, entrainant jalousie, colère, haine, etc., qui vont ainsi nous emmener dans de tragiques et sombres situations.

Mais nous avons aussi des histoires qui nous montrent des personnages désespérés, à la recherche d’une échappatoire, et dont nous verrons donc surtout l’évolution intérieure, qui les mènera parfois à des actes désespérés

Les évènements sont souvent très dérangeants et étranges, parfois même illogiques, et le lecteur sera donc à la fois perturbé et fasciné par ce qui se passe.

C’est donc avec un grand génie que Nicolas Liau nous plonge dans le plus noir de l’homme et dans son désespoir, pour nous montrer, avec des histoires noires et fantastiques, ce que les hommes sont prêts à faire lorsque leurs émotions prennent le dessus, ou même lorsque les émotions sont absentes de leurs vies. L’Ange de la Mélancolie porte superbement bien son nom, car c’est en effet la mélancolie qui sera souvent au centre des évènements, et sera le tremplin qui entrainera des évènements tragiques.

Les préfaces des deux recueils sont également intéressantes, de par le fait qu’elles donnent une analyse un peu plus technique des histoires de Nicolas Liau, et de son style d’écriture.

Malheureusement, je pense que ces parties du livre n’intéresseront qu’une très petite partie des lecteurs, car l’on ne lit pas ce genre d’histoires pour les voir se faire décortiquer par des termes techniques incompréhensibles pour ceux qui n’ont pas des connaissances un minimum poussées en la matière (moi-même, j’ai parfois eu un peu de mal à suivre).

J’ai également trouvé ces préfaces beaucoup trop longues par rapport à la place réelle qu’ils auraient dû prendre, selon moi (surtout en ce qui concerne la préface du second recueil). Cela entraîne un certain ennui pour le lecteur, qui se lassera très vite de voir une analyse du livre, souhaitant avant tout en lire les histoires.

De plus, certains passages racontent carrément, dans le but de les analyser, toute l’histoire de certaines nouvelles. Cela m’a fort ennuyé, car si je lis ce genre d’histoire, c’est en partie pour la chute finale, alors me voir raconter l’histoire avant même de la lire ne m’intéresse pas fort.

En ce qui concerne le style d’écriture de l’auteur, il est tout simplement splendide. C’est avec un certain ravissement que j’ai découvert que l’écriture de Nicolas Liau était parfois aussi sombre et dérangeante. En effet, il arrive à faire de superbes descriptions (il faut préciser que les histoires sont principalement descriptives) nous plongeant dans la plus parfaite horreur, et ce en tournant ses phrases de manière volontairement particulière, parfaitement adaptées aux histoires. Je dirais que l’auteur a un réel don dans son style, une grande force qui fascinera le lecteur à coup sûr.

Les personnages des histoires sont quant à eux vraiment très bien travaillés. Ils sont superbes sur plusieurs aspects. Tout d’abord, le lecteur s’en sentira souvent fort proche, ou aura encore pitié d’eux, ou les haïra, etc. En bref, vous l’aurez compris, aucun ne vous laissera indifférent. Ensuite, l’évolution de leur psyché est très bien construite, permettant au lecteur de voir ce qu’ils pensent, de les comprendre la plupart du temps, ou de voir au contraire les points qui les différencient de nous. Cela est extrêmement bien conçu et ravira nombre de lecteurs fans d’histoires noires et de personnages se laissant dominer par de sombres sentiments, ou au contraire de personnes désespérées cherchant une échappatoire par tous les moyens.

Cela créera également parfois un très bon partage d’émotion avec les personnages, et il ne sera ainsi pas rare que le lecteur soit fort ému par le désespoir de l’un ou l’autre des personnages.

En bref, nous avons ici deux magnifiques recueils regroupés en un seul livre, qui nous feront voir à la fois le plus noir de l’homme, à travers de sombres sentiments, mais également son désespoir, sa recherche de changement. Chaque histoire nous entraine dans de très sombres évènements, magnifiquement décrits par l’auteur, et avec des personnages très bien conçus qui nous autorisent à pénétrer dans le plus sombre de leur âme, et ainsi y découvrir ce que chacun peut y cacher. Tout cela, aidé d’une grande présence du fantastique, nous présente des textes originaux à l’extrême et en tous points passionnants.

Seuls les préfaces pourraient déranger le lecteur, celles-ci étant fort longues et s’embarquant dans des termes techniques qui n’intéresseront que les personnes ayant des connaissances un peu plus poussées des genres littéraires. Mais elles permettent également de bien comprendre, de façon plus poussée, le style d’écriture de l’auteur, et cela les rendent très intéressantes.

Je conseillerais par contre de ne pas tout lire d’une traite, mais de laisser parfois du temps entre certaines nouvelles, car tout lire d’un coup peut atténuer les aspects sombres et le côté dérangeant du livre.

Un recueil à découvrir de toute urgence, donc.

 

L'Ange de la Mélancolie

Nicolas Liau

Asgard

320 pages

18 €

 

Garlon

Commentaires (1)

Lectrice et Eleve fidele
  • 1. Lectrice et Eleve fidele | 11/09/2014
il est non seulement auteur mais professeur de français !

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Date de dernière mise à jour : 26/03/2016