Matthieu le fils, de Jean-Paul Belly

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Quatrième de couverture

"La lumière matinale éclairait le couloir du dolmen orienté vers le levant. Les éperviers miaulaient dans l’azur. Le feuillage des chênes rouvres luisait. Les cheveux d’ange ondulaient sur la lande.
— Tu n’es pas comme d’habitude, lui dit-elle, méfiante.
— Mais si, je t’assure ! répondit Matthieu.
— Allons, laisse-moi te regarder !
Matthieu le fils se prêtait de mauvaise grâce à cet examen et évitait de soutenir le regard de Jeanne.
— C’est donc ça ! Tu l’as vue ! Oui, tu l’as vue, la bête blanche !"

Chronique de Garlon

Parlons cette fois d’un petit livre : Matthieu le fils.

Matthieu vit avec sa vieille mère dans un petit village, à la période de l’entre-deux guerres. Aimant particulièrement les escapades dans la nature, il s’échappe de la ferme familliale dès que sa mère a le dos tourné, surtout qu’il entretien une relation amoureuse avec une femme des environs, réputée pour être une sorcière.
Appercevant un jour une biche blanche, Matthieu commence à ressentir les choses de façon bien différente.

Le livre m’a fort plu sous certains aspects, mais malheureusement moins sur d’autres, certains aspects (comme la philosophie et les descriptions) ayant été développés au détriment d’autres (comme l’histoire).

L’histoire un gros avantage : elle nous apprend nombre de choses sur la vie de campagne durant l’entre-deux guerres, et j’ai trouvé cet aspect vraiment très bien fait et intéressant.
Le livre est également composé de beaucoup de symboles et de métaphores qui apportent un assez grand aspect philosophique au livre, notamment au niveau de la mentalité humaine, de la peur de l’inconnu, etc. Cela est bien construit et ravira les lecteurs qui recherchent ce genre de récits.
Mais, à part cela, je n’ai pas fort apprécié l’histoire, la trouvant assez vide et décousue. En effet, elle n’avance pas vraiment, stagnant assez fort tout le livre, évoluant très lentement malgré le petit nombre de pages. De plus, on a l’impression que l’histoire ne contient pas grand chose, passant pour assez “banale”. Mais ce côté banal (qui perd déjà son sens avec la philosophie évoquée plus haut, je l’avoue) est quand même un peu cassé avec l’histoire de la biche blanche et de ce qu’elle représente, apportant un peu d’étrange et de fantastique à l’histoire, ce qui est le bienvenu. Malheureusement, le tout se devine assez facilement et n’est malheureusement pas assez creusé à mon goût.
Je disais que l’histoire est décousue car de nombreux chapitres font référence au passé de Matthieu ou d’une personne appelée Blanche. Cela est une bonne idée à la base, mais les choses finissent assez vite par se mélanger, par perdre de leur intérêt et j’ai même trouvé un moment une petite incohérence dans le livre au niveau temporel.

Au niveau du style de l’auteur, je dirais que c’est le genre qu’on aime ou pas. Pour ceux qui aiment les assez longues descriptions et un style parfois un peu plus soutenu, ce livre devrait vraiment vous plaire, car cet un aspect fort développé dans l’écriture. Personnellement, j’avoue avoir été vaincu par les descriptions, qui, j’ai trouvé, ont fort contribué à l’impression de lenteur du récit, et c’est fort dommage. Mais je précise quand même que cette écriture a quelque chose d’assez envoutant, fascinant le lecteur de par ses descriptions de ce Causse mystérieux et indomptable.

Pour ce qui est des personnages, par contre, j’ai davantage apprécié cet aspect du livre. En effet, bien que Matthieu et sa dulcinée soient assez en marge de la société, on s’y accroche assez fort, et le lecteur se sentira vraiment fort proche d’eux, partageant leurs émotions, ce qui amène à de très bons moments de lecture.
Et que dire de Blanche ? Ce personnage haut en couleur et la façon dont l’auteur décrit ce qui lui est arrivé vaut à lui seul la lecture du livre, tellement la jeune fille (tout comme ses parents, d’ailleurs) accrochera le lecteur et, surtout, l’attendrira. Quelle tristesse j’ai ressenti à certains passages évoqués par l’auteur !
Dans les autres personnages, la plupart sont faits pour inspirer la haine du lecteur et montrer la méchanceté souvent fort présente et principalement due à l'ignorance et à un mode de vie dur dans les petits villages reculés de l’entre-deux guerres. Cela est également vraiment très bien fait, construit à merveille.
Certains aspects des personnages n’ont pas été sans me rappeler la BD Silence, de Didier Comès, ce qui est bien entendu un aspect très positif, cette histoire étant devenue une référence.

En bref, nous avons ici un livre avec de nombreux défauts, mais également de grandes qualités. L’histoire nous apprend beaucoup de choses sur les paysans de l’entre-deux guerres, et contient pas mal de symbolique et de métaphores visant à installer de la philosophie au récit, mais n’évolue que difficilement pour ce qui est de l’histoire en elle-même, de façon assez décousue et lente, malgré une touche de fantastique qui pointe le bout de son nez. Le style de l’auteur est composé de grandes descriptions et parfois d’un langage plus soutenu, et cela ne plaira donc pas forcément à tous les lecteurs. Par contre, les personnages sont vraiment tous très bien conçus, et principalement celui de Blanche, et aucun ne vous laissera indifférent. Cet aspect là fait d’ailleurs déjà à lui seul le fait que le livre vaut la peine d’être lu.

Un livre à lire pour la mentalité des petits villageois de l’entre-deux guerre, la philosophie et pour des personnages très bien conçus, donc, plutôt que pour une histoire fort aboutie et passionnante. Un ouvrage qui plaira par conséquent plus à un public à la recherche de haute lecture plutôt qu’à une histoire de détente.

 

Matthieu le fils

Jean-Paul Belly

Du Souffle sous la plume

130 pages

10 €

 

Garlon

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