Nuit Noire, de Christophe Siébert

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Quatrième de couverture :

Nuit Noire est l’histoire d’un type qui aime beaucoup sa mère et découpe des femmes en morceaux, d’un autre type qui se réveille en pleine nuit sur une route de cambrousse et peine un peu à reconstituer les événements, de leur éventuelle rencontre. Il y a là-dedans beaucoup de sang et de viande, quelques larmes, deux ou trois suicides et des tentatives mystiques légèrement foireuses. Nuit Noire est un bouquin d’horreur. Il est difficile d’affirmer, après coup, que tout ça a terminé bien ou mal.

Chronique de Archessia :

Il ne va vraiment pas m'être facile de parler de ce livre, première car, sa lecture en elle-même, fut tout autant incroyablement difficile mais également absolument fascinante.

Le décors est planté directement, car le narrateur, à la première personne, nous parle de son enfance et de ses premières obsessions, qui seront pour ses odeurs corporelles, peu importe leurs origines.
Cette fascination va le suivre toute sa vie et sera un peu le point de départ de toutes ses manies et autres fantasmes qui nourriront son existence, jusqu'à la diriger complètement.
Nous avons droit ici à un ticket aux premières loges dans l'esprit d'un dangereux psychopathe, de ses prémices d'enfant jusqu'à son apogée à l'âge adulte.
Cette entrée dans ce mental dérangé est plus que perturbante, et je peux vous assurer que c'est un doux euphémisme.
Jamais un livre ne m'aura fait ressentir autant de sentiments si contradictoires, du dégoûts provenant du plus profond de mes tripes (je peux vous affirmer, sans exagérer, que j'ai au par moment de véritables nausées) à la lecture de certaines scènes de tortures ou de découvertes de ses fantasmes, par l'admiration morbide face à cette personne, au fond, possédant une intelligence particulière et pouvant faire preuve d'une logique qui lui est propre totalement déconcertante.

Alors, je ne vais pas vous mentir, ce n'est pas du tout le genre de bouquin que je vais conseiller à tous les lecteurs.
Je dirais même d'ailleurs qu'il ne faut absolument pas qu'il se retrouve entre certaines mains, je ne doute absolument pas qu'il pourrait traumatisé des personnes fragiles ou qui n'auraient tout simplement pas l'estomac assez bien accroché.
Je vais essayer de ne pas trop spoiler, mais pour vous donner une vague idée de ce que vous pourrez trouver entre ces pages, il y a : des mutilations, des viols d'enfants, de la scatophilie, de la nécrophilie, de la torture extrême (physique ou mentale) et j'en passe.
Et pourtant, étrangement, je ne pourrais en aucun cas traiter cette histoire de vulgaire. Tout, ici, à sa raison d'être, et malgré que la tentation devait être grande par moments, il me semble que jamais l'auteur n'est tombé dans la facilité de la provocation gratuite.
C'est une immersion totale et sans aucun édulcorant dans la psyché d'un homme vraiment effroyablement dérangé et malsain, il est donc "normal" d'assister à toutes ces scènes, qui sont là, au final, pour nous rapprocher de lui et de sa façon de penser.
Nous assistons à une sorte de descente aux enfers (presque au sens propre comme au figuré), car nous voyons comment un tout jeune enfant déjà perturbé peut plonger toujours plus loins dans la folie à cause de son entourage, des traitements qui lui sont infligés, de son éducation, et encore bien d'autres facteurs.
Bien entendu, tous les enfants avec le même vécu ne tourneront pas pareil, et l'auteur a d'ailleurs ce que j'appellerais la délicatesse de bien faire cette différence par un passage, à la fin, qui m'a proprement impressionnée et laissée bouche bée.

Nous avons également un deuxième personnage important dans ce récit, homme lambda qui va se retrouver petit à petit imbriqué dans une situation qui le dépasse complètement, et il va lui falloir du temps, ainsi qu'au lecteur, pour comprendre tous les tenants et aboutissants de ce qui lui arrive.
La vie de ces deux hommes vont se retrouver mêlées l'une à l'autre de la façon la plus étrange et inattendue possible, jamais je n'aurais imaginé ça, vraiment.
Mais malgré l'intérêt de cette personne et ce qu'il apporte à l'histoire, j'ai trouvé qu'il était totalement effacé par l'incroyable puissance et, il faut bien le dire, le charisme malsain que dégage le narrateur principal.
C'est assez dommage, car j'aurais bien aimé en savoir un peu plus sur lui, et j'ai vraiment ressenti qu'il était totalement éclipsé et presque mis en retrait par moments.
Personnellement, j'ai été complètement obnubilée par le "héros", et j'avoue que j'avais hâte de retourner le lire, pour savoir à quelles genres de déviances il allait maintenant s'adonner.
Je n'ai pû m'empêcher de ressentir cette curiosité malsaine, cette fascination morbide pendant toute ma lecture. Une fois entamée, je n'ai plus pu m'arrêter, et c'est un peu étourdie que j'ai refermé ce livre, étant presque honteuse de l'avoir aimé.

Même après y avoir pensé longuement après l'avoir terminé, je n'arrive toujours pas à savoir comment parler correctement de ce livre. Pour moi, il fait partie de ceux qu'il faut absolument lire pour se faire son propre avis dessus, peu importe le nombre de chroniques que vous lirez, d'avis que vous entendrez, ils ne pourront pas exprimer à sa juste valeur le contenu de ce roman.
Alors, si vous êtes curieux, que vous avez envie de sensations fortes, que vous avez le coeur et les tripes bien accrochés et que vous ne craignez pas d'être vraiment choqué par un récit, procurez-vous Nuit Noire, car c'est une expérience qui vous hantera longtemps après l'avoir vécue.
Les autres, passez votre chemin, vraiment, c'est un conseil d'ami. Ce livre est hard, dur, cru et extrêmement violent.
Mais c'est peut-être justement parce qu'il ne fait aucun détours et qu'il nous expose le pire du pire des humains que l'on va aimer le lire ...

Nuit Noire

Christophe Siébert

Rivière Blanche

17 €

197 pages

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Date de dernière mise à jour : 12/09/2012