Nuit noire, étoiles mortes

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Quatrième de couverture :

Ne cherchez jamais à connaîre cet Autre qui sommeille en vous ...
Dans la lignée de Différentes saisons, un King démoniaque où les mariages se disloquent sous le poids de secrets plus noirs que les ténèbres, où l'avidité et la culpabilité distillent goutte à goutte leurs venins, où la seule certitude est que le pire reste encore à venir.

Chronique d'Archessia :

La sortie d'un nouveau titre de Stephen King est toujours un grand moment.
Mais il faut bien avouer que, ces dernières années, l'excitation est mêlée à une dose de crainte, également.
Les lecteurs assidus (ou ceux qui voulaient découvrir l'auteur) n'ont pu que remarquer quelques changements dans l'oeuvre du Maître du fantastique : des histoires bien moins effrayantes, un style un peu plus calme et étoffé, des développements tirés en longueur, etc ...
L'année passée, j'ai fait partie des nombreuses personnes à souffler, rassurées, en découvrant Dôme. Une sorte de retour aux sources en grande pompe avec un scénario impressionnant où l'on suivait une ville entière séparée du monde par un gigantesque globe.
Avec ce recueil de nouvelles, je ne savais donc absolument pas à quoi m'attendre. Allais-je trouver quelque chose d'aussi bon que les Brûme ou Danse macabre ? Ou allais-je tomber sur quelque chose de trop classique et de fade ?
Nerveuse, un peu tremblante et le coeur tambourinant, j'ai ouvert Nuit noire, étoiles mortes.
Et là, comme avant, Stephen King a pris ma main, et la magie à opérée.

1922 : En pleine campagne du Nebraska en 1922, un couple se dispute pour des histoires de terres depuis de très longs mois. N'en pouvant plus de cette situation intenable, il décide de tuer sa femme. Mais, par peur de se retrouver seul, et par envie de partager ce fardeau, il arrive à convaincre son jeune fils du bien-fondé de cette entreprise, et à devenir complice du crime. Cette nouvelle va nous montrer comment cet acte va les hanter, tous les deux différemment.

Je ne crois même pas être capable de vous expliquer comment, et à quel point, j'ai été happée par ce récit dès ses premières lignes. Pourtant, il ne s'y passe rien d'extraordinaire. Un homme et une femme se battant pour savoir si il faut vendre ou non des terres reçues d'un héritage. Ce genre de bagarre n'est pas rare et il n'y a rien de magique ou particulièrement effrayant là-dedans.
Mais, je ne sais pas, il y a véritablement quelque chose qui se dégage de cette nouvelle, une ambiance lourde, pesante, palpable dès le tout début. Ce n'est qu'au fil des pages, plus l'histoire avance et évolue, que l'on se rend véritablement compte de l'horreur qui est en train de se dérouler sous nos yeux. On fini par se retrouver empêtré dans un puit de folie et de peur où les murs suintent véritablement le malsain.
C'est absolument brillant, dirigé d'une main de maître et tout simplement fascinant. C'est une longue nouvelle (179 pages) et pourtant, à aucun moment on ne s'ennuie, elle ne possède aucune longueur et dégage un attrait indéniable, aussi bien dans le travail de ses personnages (toujours aussi minutieux et réaliste) que dans l'enchaînement des évènements.Un bijou de noirceur et de frissons.

Grand Chauffeur : Un auteur de romans policiers se rend dans une petite ville pour faire une séance de dédicaces. Sur le chemin de retour, elle se fait sauvagement violée et laissée pour morte dans un caniveau.
Avec beaucoup de peines, elle s'en sort et arrive à rentrer chez elle. A partir de ce moment-là, elle va commencer à organiser sa vengeance contre Grand Chauffeur.

Le "problème" parfois, avec Stephen King, c'est qu'il arrive à décrire les choses avec tellement de précisions que certaines scènes sont un supplice à lire. Je pense par exemple à la scène de viol dans Dôme, où j'ai éprouvé de véritables douleurs physiques lors de sa lecture. J'avoue avoir un eu un peu peur de réitérer l'expérience, mais heureusement, Grand Chauffeur se concentre bien plus sur les pensée de Tess et sa vendetta, que sur le viol en lui-même.
J'ai toujours été fascinée et émerveillée par la capacité de King à utiliser des narrateurs féminins. Il y a toujours une justesse et une telle authenticité dans les personnages, c'est bluffant. Cette nouvelle ne fait pas exception à la règles, et en tant que femme, je n'ai pu que me mettre à la place de Tess, tellement l'écriture est crédible.
Il y a beaucoup de force dans ce récit, il s'en dégage une rage puissante mais mesurée, lucide, comme celle qu'éprouve Tess. Et malgré l'horreur sans nom qu'elle vit et qu'elle s'apprête encore à vivre, c'est un réel plaisir (coupable ?) que l'on éprouve à cette lecture. On attend le dénouement avec impatience en se demandant quel chemin il va prendre, tout en se pourléchant les lèvres en suivant le développement de l'intrigue.
Encore une réussite pour cette nouvelle !

Extension Claire : Un homme atteint d'un cancer, auquel il ne reste pas longtemps à vivre, tombe sur un drôle de personnage qui lui propose une extension de vie en échange d'argent ... et du nom d'une personne qu'il déteste.

Un nouvelle assez courte au développement rapide. Je ne vais pas m'étendre dessus car, au vu de sa longueur, je ne voudrais pas vous dévoiler le moindre élément de surprise (et Dieu sait qu'il y en a), mais sachez juste que, encore une fois, j'ai pris énormément de plaisir à sa lecture.
Jusqu'où cet homme est prêt à aller ? Jusqu'où peut-il les choses se laisser aller ? Peut-on vivre l'esprit tranquille quand le malheur des uns fait le bonheur des autres ?
Stephen King apporte ici une réponse surprenante dans un développement peu classique et assez inattendu !

Bon Ménage : Un couple de banlieusards, tout ce qu'il y a de plus banal, presque ennuyeux, mais on ne peut plus heureux et épanouis. Le monde entier s'écroule autour de l'épouse quand elle découvre une boite appartenant à son mari, renfermant d'odieux secrets gardés dans le noir depuis plus de 30 ans. Que faire quand on découvre qu'on ne connaît pas l'homme avec qui on a partagé toute sa vie ?

Avec 1922, cette nouvelle-ci est ma favorite. Bien que 100% non-fantastique, j'ai trouvé qu'elle était la plus effrayante. Peut-être justement car elle est également un des plus réalistes ? En tout cas, elle fait mouche, et touche les parties les plus sombres de notre cerveau.
Elle interpelle, donne la nausée, des sueurs froides, nous questionne, nous fout une trouille bleue et nous plonge en pleine panique. On ne peut qu'essayer de se mettre à la place de Darcy, en ressentant un mélange de frustration et de soulagement à l'idée de ne pouvoir y arriver.
Le développement de cette histoire est tout simplement extraordinaire, et je l'ai engloutie d'une traite avec des yeux agrandis par la fascination et l'angoisse.
Je ne vais pas m'attarder non plus pour ce récit, car il recèle des trésors d'étonnement et de surprises, mais vraiment, je ne peux que vous répéter encore et encore à quel point il m'a impressionnée, et à quel point il m'a plu et ce, dès les premières lignes.

Toutes ces nouvelles sont très différentes les unes des autres, mais ont en commun, au final, une chose.
Toutes, sans exceptions, nous emmène dans ce que la psyché humaine a de plus sombre et de plus malsain. Plongez quelqu'un d'on ne peut plus ordinaire dans une situation dépassant l'entendement, et voyons ce qu'il se passe. Voici ce que Stephen King expérimente et nous montre ici, tel un scientifique un peu fou, bombant le torse de fierté devant ses petits monstres de laboratoire.
Ce recueil, dans son intégralité, est brillant ! Mélange savamment dosé de fascination morbide et de réalisme terrifiant, il saura aussi bien séduire les fans inconditionnels de King, comme les novices qui voudraient tenter l'aventure.
Alors, non, ce ne sont pas des récits fantastiques peuplés de fantômes et de monstres issus de l'imagination.
Ces histoires mettent en avant les fantômes et les monstres qui dorment en nous, chez nos voisins, dans notre famille, chez nos amis. Et ne sont-ce point là les plus terrifiants de tous ?

Nuit noire, étoiles mortes

Stephen King

Albin Michel

22,90 €

483 pages

Commentaires (1)

kiki
Je l'ai lu dernièrement. Que dis-je ? Je l'ai dévoré !

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