Vivants, de Isaac Marion

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Quatrième de couverture :

R est un zombie. Il n’a pas de nom, aucun souvenir, pas de pouls, mais il rêve. Il est un peu différent des autres morts. Dans les ruines d’une ville abandonnée, il rencontre Julie, une jeune fille à l’opposé de tout ce qu’il connaît : chaleureuse, intelligente et pleine de vie. Pour des raisons qu’il ne comprend pas, R décide de sauver Julie au lieu de la dévorer. Il n’est plus satisfait de vivre dans une tombe. Il veut respirer et vivre. Julie est prête à l’aider. Mais pour réussir, ils vont devoir combattre la dure réalité d’un monde en décomposition…

Chronique d'Archessia :

Ce titre me faisait envie depuis sa sortie. Son résumé original a attisé ma curiosité et les avis dans les médias me faisaient trépigner d'envie.
On peut dire que je suis on ne peut plus ravie d'avoir, enfin, pu le dévorer.

Comment vous parler de Vivants ? L'idéal serait de le faire avec justesse et émotions, en choisissant les mots appropriés, en pointant du doigt les divers éléments ressortant fortement et le rendant tout à fait unique.
Le problème c'est que, maintenant que j'ai refermé ce bouquin, tout ce que je sais faire quand j'ai envie d'en parler, c'est m'agiter, grogner et baver, tel les zombies le peuplant.
Bon, je me ressaisis, et je me lance :
Ce qui m'a directement interpellée et, du coup, beaucoup plu, c'est le personnage même de R. C'est un zombie, et c'est la seule chose dont il est certain. Il ne se souvient plus de son nom, seulement qu'il commençait par R. Il a un bon ami, M, un zombie à part qui a le sens de l'humour. R se sent souvent à l'écart, car il a l'impression d'être le seul à rêver, à penser plus loin, à philosopher. Comment cela se fait ? Et pourquoi ?
Un jour, alors qu'il part en chasse avec d'autres de ses congénères, il tombe sur un groupe de jeunes, et dévore avidement le cerveau de l'un d'entre eux. En le mangeant, il a des flashs de souvenirs de cette personne. Il était amoureux, amoureux fou. De Julie. Julie est cette jeune fille, à côté, qui va se faire dévorer.
Mu par un mouvement qu'il ne s'explique pas, R va défendre Julie.
Ce geste va tout changer. Pour R. Pour Julie. Pour le monde entier.

"Pour moi, l'avenir est aussi flou que le passé. Seul le présent semble m'intéresser, et encore. La mort m'a rendu plutôt zen, en fait."

Bon sang de bonsoir. Comment je vais pouvoir vous transmettre toute l'incroyable beauté de ce livre ?
Je pourrais vous dire que son personnage principal est tout à fait unique, un mort qui se balade et qui pense, qui espère, qui veut aimer, qui veut changer, qui veut vivre. Du coup, on suit un personnage d'une profondeur incroyable, dont l'existence même est une erreur, un monstre pour les Vivants, un outsider pour les Morts. Ses questions, ses désirs, ses rêves, ses doutes, ... rien ne nous est épargné, et tout nous est offert, sans concession, sans faux-semblant, sans édulcoration. Jamais je n'aurais cru éprouver autant de sentiments pour un mort-vivant, et pourtant R a maintenant une place de choix dans mon coeur.
Je pourrais vous parler de son ambiance, si particulière et tellement difficilement descriptible. On passe d'une roman fantastique flirtant avec l'horreur, avec zombies mastiquant avidement, gerbes de sang et chairs déchiquetées, à la quête initiatique remplie d'espoir, en passant par la romance à couper le souffle ou le récit philosophique d'une beauté renversante.
Je pourrais également tout simplement vous dire qu'il est unique, d'une intensité absolument vertigineuse, que ce soit dans les actes, les émotions ou les idées transmises. Qui aurait pu croire qu'une "histoire de zombies" puisse être si bouleversante, si incroyablement recherchée et si tragiquement romantique ?

L'écriture d'Isaac Marion est tout simplement parfaite. Elle nous emporte avec une facilité et une fluidité déconcertante, nous fait ressentir des émotions fortes et incroyables sans pour autant en faire des tonnes, nous rend les situations les plus invraisemblables complètement réalistes et plausibles.
J'ai terminé cette lecture en pleurs, ayant du mal à reprendre ma respiration et à retourner dans la réalité. Et pendant plus de 300 pages, j'ai ri, j'ai frissonné, j'ai été attendrie, j'ai eu peur, j'ai été dégoûtée, j'ai espéré. Je suis passée par une palette d'émotions riches et intenses, j'en étais presque étourdie, mon esprit brinquebalé dans tous les sens telle une simple poupée de chiffons par cette plume hallucinante.
Cet auteur possède un talent rare et je trépigne déjà à l'idée de lire d'autres de ses oeuvres.

"Suis-je issu des fondations de mon ancienne vie ou me suis-je levé d'entre les morts avec une ardoise vierge ? De quoi ai-je hérité et qu'est-ce qui est ma propre création ? Ces questions, longtemps restées à l'état de rêvasseries, semblent avoir pris un caractère plus pressant. Suis-je fermement enraciné dans le monde d'avant ? Ou puis-je choisir de m'en écarter ?"

C'est un livre précieux, un joyaux brillant dans les ténèbres, dont les messages qu'il transmet m'ont transpercés le coeur avec une vivacité et une clarté étrange et éblouissante.
Le fait d'avoir le point de vue d'un zombie, ce qu'il fait de ses journées, ses habitudes, ce qu'il pense, etc ... est déjà d'une originalité fascinante, mais le fait de l'avoir rendu incroyablement attachant, et d'une humanité dépassant de beaucoup celle de nombres de Vivants, c'est juste époustouflant, un challenge qu'a osé relevé Isaac Marion, et qu'il a réussit avec un brio remarquable.
C'est un titre marquant, qui se hisse tout droit dans mon panthéon de livres préférés. Un coup de coeur, sans équivoques.

Vivants

Isaac Marion

Bragelonne

318 pages

17,30 €

Commentaires (1)

Natiora
Je suis moi aussi tombée sous le charme de R, et de l'écriture d'Isaac Marion, qui est d'une beauté fascinante (je parle de l'écriture hein ^^).
Pour moi qui ne suis pas fan des histoires de zombies c'est une immense surprise !

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