Paranoïa, de Melissa Bellevigne

Paranoia

 

Quatrième de couverture

Lisa Hernest, psychiatre reconnue et spécialisée dans les cas complexes, est appelée à l’institut Saint-Vincent en périphérie de Paris. Elle va rencontrer sa nouvelle patiente : Judy Desforêt, internée pour paranoïa et hallucinations, enceinte de cinq mois et qui refuse de s’alimenter. Dès leur première entrevue, la jeune femme qui se dresse face à elle fait preuve d’une lucidité et d’un discernement hors pair. Et plus Lisa apprend à la connaître, plus leurs échanges viennent ébranler ses propres convictions professionnelles et personnelles.

Entretien après entretien, Judy lui livre en effet une curieuse histoire, mêlant sa quête des racines familiales en Angleterre et la présence invisible d’un certain Alwyn, cet homme qui la suit comme son ombre depuis toujours. Progressivement, Lisa, l’experte en âmes fragiles, sent ses moyens lui échapper et Judy la déstabiliser. À mesure que les mois passent et que la date de l’accouchement approche, la vérité semble s’éloigner.

 

Chronique de Melisande

Paranoïa est un roman qui avait tout pour me plaire, une accroche intéressante, une 4e de couverture alléchante, malheureusement si le début était sympathique au fur et à mesure de ma lecture l’intérêt s’est perdu. Je ressors assez mitigée de cette lecture, alors que le côté paranoïaque et hallucination m’intéressaient bien.

Pour avoir lu en ce début d’année Je t’ai rêvé, j’étais curieuse de découvrir ce titre qui parlait aussi d’une malade mentale. Je pense qu’avec ce type de maladie, on peut avoir des histoires intéressantes car on va nécessairement remettre en cause à un moment donné ce qui nous est conté. C’est donc grâce au talent de l’auteur que tout va se jouer pour parvenir à nous surprendre quand bien même nous sommes sur nos gardes. Je l’étais pour Je t’ai rêvé, mais pas suffisamment car je me suis totalement fait avoir. Le challenge a donc été relevé.

En ce qui concerne Paranoïa, je suis moins convaincue et c’est dommage parce qu’il y avait un fort potentiel avec ce livre qui n’est pas mauvais, j’ai lu bien pire, mais il est vrai que je m’attendais à autre chose étant donné les circonstances. Si la première moitié du livre m’a bien plu et m’a tenu en haleine, je dois dire que la deuxième a été un peu plus décevante. C’est dommage car le début commençait vraiment bien, j’étais intriguée, j’avais envie d’en savoir plus au même titre que Lisa sur cette jeune patiente enceinte qui souffre de paranoïa.

J’ai trouvé l’ambiance du livre assez mystérieuse, les échanges entre Lisa et Judy se construisent petit à petit et c’est avec grande attention que je suivais tout cela car c’est vraiment étrange. Lorsque Judy commence à communiquer, à lui raconter une petite histoire, on se doute bien qu’elle a vécu des choses qui expliquent son mutisme, un certain rejet de l’enfant aussi pour qu’elle veuille en finir. Beaucoup de questions s’imposent alors à nous et on se demande bien où l’auteure veut nous emmener. J’ai beaucoup aimé cet aspect, ma curiosité a été piquée à vif donc c’est une très bonne chose et cela promettait beaucoup par la suite.

Le mystère créé aussi autour d’Alwyn était super intéressant, on part sur une vraie quête qui va mener Judy jusqu’en Angleterre, une quête d’identité qui va s’avérer plus compliquée que prévu. J’avais hâte de suivre tout cela mais j’avoue que l’auteure aurait pu aller plus loin et exploiter d’une autre manière le côté fantastique de cette histoire.

L’écriture de l’auteure est agréable et fluide, elle se laisse lire, ce n’est pas désagréable et plutôt simple. Mais il faut reconnaître que c’est efficace dans le genre donc ce n’est pas un souci. On sent bien également le changement de ton en fonction de la narratrice. En effet, si nous commençons l’histoire avec Lisa, la psychiatre, la voix de Judy finit par arriver par intermittence et en alternance. Mais le problème est que peut-être cette voix prend trop de place car à partir du moment où elle se fait vraiment présente, surtout vers la moitié du livre, j’ai trouvé que l’intérêt du livre se perdait peu à peu.

Ce qui est paradoxal car l’histoire racontée par Judy est assez prenante et intéressante. J’ai suivi avec grande curiosité cette quête d’identité et aussi de comprendre pourquoi Alwyn est à ses côtés. Cet aspect-là de l’histoire était vraiment bien mais cela a eu un effet négatif pour le personnage de Lisa. En effet, Judy prend beaucoup de place avec son récit et Lisa, qui était au départ LE personnage principal puisqu’elle est la psychiatre, celle que l’on rencontre en premier et qui agit sur Judy, perd peu à peu sa place. J’ai trouvé ses interventions parfois inutiles au fur et à mesure du texte car on ne nous apprend pas grand-chose hormis le fait qu’elle veuille à tout prix être maman et que ses obsessions (Judy + le bébé) finissent par perturber dangereusement son couple.

Je comprends la nécessité d’avoir deux voix, ce n’est pas là le problème mais vraiment le fait que l’on s’attarde trop sur sa vie personnelle qui s’en retrouve chamboulée à cause de cette patiente. Chose tout à fait normale et le contraire aurait été étonnant mais je trouve que l’auteure n’est pas allée assez loin dans ce raisonnement. Je suis persuadée qu’il y avait quelque chose à faire de plus avec ce personnage là qui m’a plu dès le départ dans sa manière d’être et d’agir vis-à-vis de cette jeune femme dont elle doit s’occuper.

D’un personnage actif qui agit et tâche de comprendre ce qui arrive à Judy, elle est simple spectatrice, effacée d’un revers lorsque Judy nous conte son histoire. Je trouve cela vraiment dommage parce qu’étant donné l’accroche du livre : « L’une est la seule à le voir, l’autre est la seule à la croire » n’a plus tellement de sens. Je ne veux pas rentrer dans le détail pour éviter tout spoiler, je pense que j’en dis suffisamment. Mais je trouve qu’il y a du coup un certain déséquilibre qui se crée car Lisa perd en intérêt et devient vraiment personnage secondaire alors qu’elle était celle qui, pour moi, menait la danse.

Les parties narratives de Judy sont nécessaires pour l’histoire et c’était super intéressant mais je trouve ça dommage la manière dont c’était exploité car avoir une telle fin est un peu décevant et couru d’avance. Je n’ai pas eu la sensation d’avoir une grande révélation sur la fin, pas d’éléments qui puissent indiquer d’autres choses ou nous laisser le doute.

Par certains aspects ce livre me fait penser au livre de Pascale Maret : Les ailes de la sylphide, les points de comparaison sont assez nombreux mais pour le coup, ce livre m’a vraiment retourné car on ne s’attend pas à ce twist contrairement à ici. La révélation en était vraiment une, c’était vraiment bien fait car l’auteure a su instaurer une certaine ambiance. Pour Paranoïa, on sait plus ou moins dès le début ce qu’il en est donc voir un tel final reste trop simple et évident. Et la fin ouverte, même si on se doute fortement de ce qui va se passer, n’est pas une bonne solution de fin, pour moi. Cela reste un avis personnel, d’autres ne le verront peut-être pas ainsi.

En bref, Paranoïa est un livre qui aurait pu être super pour moi mais cela n’a pas été le cas. Les idées sont bonnes dans l’ensemble mais j’ai trouvé qu’elles étaient mal exploitées, ce n’était pas toujours judicieux pour moi car cela finit par être trop simple. Les personnages sont super intéressants et attachants à leur manière même si celui de Lisa perd en consistance ce qui est dommage parce qu’il y avait pourtant matière avec elle. Je ressors mitigée de cette lecture car elle n’est pas mauvaise dans le fond, qu’il y a de bons éléments mais le traitement général et la fin n’ont pas été concluant pour moi. A vous de faire votre propre avis sur ce livre, le débat est lancé !

 

Paranoïa

Melissa Bellevigne

Hachette (Black Moon)

Young Adult

320 pages

17€

 

Melisande

Commentaires (3)

melisande
@Amandine Penin : effectivement ça peut être intéressant. Je serai curieuse d'avoir ton avis sur ce livre, comme tu as pu le voir ne m'a pas tant emballée que ça. En revanche : Je t'ai rêvé de Francesca Zappia était top !
Amandine Penin
  • 2. Amandine Penin | 21/03/2016
En tant qu'étudiante infirmière qui vient de faire un stage en psychiatrie, je pense que cette lecture peut être très intéressante pour moi. :-)
Mayumi
Etant moi-même interne en psychiatrie et donc mini-psychiatre, je dois avouer que tous les romans parlant de maladie mentale, même en restant des récits de fiction, m'attirent particulièrement !

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Date de dernière mise à jour : 19/03/2016