Geluck enfonce le clou

geluck-enfonce-le-clou.jpgQuatrième de couverture

Le jardin secret de Geluck semble envahi de ronces et d’orties. La face cachée du prolifique créateur du Chat est décidément bien sombre. Héritier de l’humour noir et iconoclaste de ses maîtres (Siné, Cavanna, Reiser, Choron, Gébé, Chaval…), Geluck canarde à tout-va. Il (nous) touche là où ça fait mal et, quand il le faut, donne un bon coup de marteau, pour enfoncer le clou.

 

Chronique d'Alexandre

Je vous parlerai aujourd’hui du livre « Geluck enfonce le clou », de Philippe Geluck.

De l’ironie à la dénonciation en passant par un (très) léger soupçon de tendresse, l’auteur nous livre ici un recueil des textes les plus inadmissibles, pour reprendre les termes de la couverture. Tout y passe, l’actualité comme la religion ou tout simplement des innocents qui n’ont commis d’autre crime que celui d’exister et ce, malgré la désapprobation  de l’écrivain dessinateur.

J’ai savouré ce livre du début à la fin. Plusieurs raisons à cela, dont la première est sans conteste l’ironie mordante des propos et dessins présents tout au long des pages que composent cet ouvrage.

Sans être déplacé cet exercice de style tout en m’amusant beaucoup, il faut l’admettre, attire notre attention sur certains sujets de réflexion que notre société et notre mode de vie actuel nous pousse à éviter. Par exemple les bonnes résolutions que tout un chacun décide de s’imposer à partir du premier jour de l’an, ne sont-elle pas juste une manière comme une autre de nous donner bonne conscience alors que de toute façon, au fond de nous-mêmes, on sait pertinemment bien qu’on n’en aura rien à faire une fois notre gueule de bois terminée ?

Des réflexions dont la visée philosophique est aussi présente que le caractère platement terre à terre que les arguments utilisés pour les étayer, mais qui gardent toujours un certain mordant et appuient là où ça fait mal, pour reprendre cette fois-ci les termes de la quatrième de couverture.

 

Autre point qui m’a fortement séduit, et il à déjà été introduit dans le paragraphe précédent, c’est celui du ton décalé de l’humour utilisé. Ici, on retrouve souvent des réflexions qui pourraient sans contexte alimenter des débats au potentiel fortement ennuyeux pendant de longues heures, mais la manière dont elles sont amenées fait qu’elles en deviennent passionnantes et suscitent sans difficulté une franche rigolade chez le lecteur. Autre exemple, l’auteur revient sur le fait qu’ « Avant », on osait appeler un chat un chat et que de nos jours, on constate qu’on a toutes les peines du mondes à choisir le bon mot pour ne pas vexer notre interlocuteur, donnant ainsi une importance aux différences que l’on ne connaissait pas avant sous couvert de préserver les sensibilités des uns et des autres. Ou du moins pas à ce point là.

 

Encore un aspect que j’ai beaucoup apprécié, c’est celui de l’originalité des réflexions de l’auteur. Certes, certains de ses articles tournent autour de l’actualité, mais ce qui m’a vraiment impressionné positivement est la faculté qu’il a de trouver LE détail qui tue et de le souligner au gros feutre rouge, tout en gardant une distance certaine entre sa réflexion et le mauvais goût. Bien sur, c’est le genre d’humour qui n’est pas pour plaire à tout le monde et est franchement provocateur dans bien des cas, mais la vulgarité crapuleuse n’est pas ici de mise, ou savamment déjouée par une touche d’humour bien calculée.

 

Enfin, dernier point qui, à mon avis se doit d’être cité dans cette chronique, c’est ce côté franchement iconoclaste, qui envoie valdinguer toutes nos convenances et ces règles de courtoisie si fausses et hypocrites en quelques lignes, tout en restant dans un registre bien plus haut que le crachoir de bas étage auquel on est habitués dès qu’il s’agit de dénigrer l’un ou l’autre fait ou l’une ou l’autre tendance d’aujourd’hui. Correction dans le langage et maitrise de la syntaxe vraiment très appréciable quand on sait que de nos jours, peu de personnes sont encore capables de manier la langue française avec autant d’habileté…

 

Ah, j’oubliais un dernier élément capital dans mon argumentaire. Point qui à lui seul mérite toutes les éloges du monde : Philippe Geluck, c’est un belge !

 

PS: Il m'était difficile de classer ce livre dans l'une de nos autres catégories, étant donné qu'il ne revêt pas spécialement la même forme que ceux dont nous avons l'habitude de nous occuper. J'ai donc choisi la catégorie essais / documents, faute de mieux. Si d'aventure l'auteur venait à parcourir ma chronique, je le prie de bien vouloir m'excuser pour cet acte misérable.

 

Alexandre

 

 

Geluck enfonce le clou

Philippe Geluck

Casterman

144 pages

18 euros

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Date de dernière mise à jour : 11/03/2012