Ma mère, mon bourreau, de Julie Gregory

 

Quatrième de couverture :

Julie est allongée sur la table d'examen d'un médecin. Elle n'a pas douze ans, elle est maigre, elle est faible. Il est 4 heures de l'après-midi et elle n'a toujours pas été autorisée à manger quoi que ce soit. À côté d'elle, sa mère semble étrangement excitée. Elle est sur le point de suggérer une opération à coeur ouvert pour sa fille...
Depuis son plus jeune âge, Julie est une enfant fragile qui passe plus de temps en consultations que sur les bancs de l'école. Pourtant, ce mal étrange dont elle souffre, et que seule sa mère sait décrire, ne trouve pas de remède, en dépit des médicaments ingurgités, des traitements infligés et des innombrables spécialistes interrogés...
Tout simplement, parce que Julie n'est pas malade... Elle est victime du syndrome de Münchhausen par procuration. Ma mère, mon bourreau est le récit de son enfance, volée par une mère souffrant d'un besoin maladif d'attention. Un récit sans fard. Un témoignage poignant.

 

Chronique d'Archessia :

Julie nous raconte sa vie de victime du syndrome de Münchhausen par procuration. Quel est ce mot barbare ? Et bien, pour résumer, disons que la mère de Julie croit constamment que sa fille est malade. Elle lui invente des douleurs, des maux qu'elle exposera aux médecins, hurlant à l'incompétence dès que l'un d'entre eux diront que sa fille est normale et en bonne santé. Dès sa plus tendre enfance, Julie voit défiler les pédiatres, les médecins, les spécialistes, les infirmières, les cabinets médicaux, les hôpitaux. Elle en viendra à soutenir sa mère dans cette recherche de LA maladie. Elle confirmera ses inventions et finira même par réellement ressentir les maux dont sa mère la croit victime. Comment peux t'on évoluer dans un tel environnement ? Comment grandit-on quand on passe plus de temps chez les médecins qu'à l'école, sans raisons ? Est ce qu'on devient un jour adulte ? Est ce qu'on arrive à faire la part des choses et à grandir de son côté ? Voici l'histoire de Julie, qu'elle nous raconte simplement, en toute intimité.

Je dois dire que ce genre de biographie, ce n'est pas vraiment mon style, de prime abord. Mais, je ne sais pas trop, quelque chose m'intriguait quand même dans ce livre, j'étais curieuse de voir ce qu'il donnait, au final. Et bien pour finir, je l'ai lu d'une traite, le commençant au matin et le terminant le soir. Une fois que j'ai fait la connaissance de Julie, je n'ai plus pu m'arrêter avant de savoir ce qu'elle était devenue, si elle s'était sortie du cercle destructeur d'une mère pas comme les autres.

Nous faisons la connaissance de cette petite fille perdue dans ce monde d'adultes impressionants, où elle apprendra vite qu'il vaut mieux faire ce qu'on lui dit. Elle nous racontera le passé de cette mère, cherchant peut-être des excuses, des raisons à ce comportement absolument abérrant. La rencontre de celle-ci avec celui qui sera le père de Julie, homme au lourd passé émotionnel. Nous assistons avec autant d'étonnement que cette enfant à la déterioration des relations familiales, comment petit à petit, sa mère sombrera dans les problèmes psychologiques, la manipulation et la maltraitance.

Le syndrome de Münchhausen de sa mère ne sera pas la seule chose à laquelle elle devra faire face, car les problèmes de sa mère ont bien d'autres façons de se manifester. Acceuillir des enfants de l'aide sociale pour les martyriser, rabaisser constamment son mari pour le mettre en rage et qu'il se défoule sur Julie et son petit frère, ne pas s'occuper de l'alimentation de ses enfants, ... Tout ça et beaucoup d'autres éléments tous plus horribles les uns que les autres feront partie intégrante du quotidien de Julie.

Et pourtant, le plus étrange, c'est que ce livre n'est pas vraiment noir à 100%. Il nous arrivera de trouver un peu d'humour au détours d'une page, de ressentir de grosses vagues d'espoir, et même de la joie par moments. Car il ne faut pas oublier que Julie est une jeune enfant, et peu importe les conditions de vie, un enfant doit s'amuser, faire des bêtises et se défouler. L'occasion pour nous d'assister au développement cahotant et étrange d'une petite fille qui ne comprend pas pourquoi ce n'est pas possible de faire plaisir à ses parents ET d'être heureuse en même temps.

C'est une histoire qui m'a beaucoup touchée, racontée sans fioritures par Julie elle-même. Je me suis laissée entraîner dans sa vie hors norme et douloureuse, rythmée par les évènements incroyables, plus souvent négatifs que positifs. Sans jamais tomber dans le mélodrame, et ne nous tirant jamais de larmes inutiles, Julie Gregory apporte un témoignage poignant et intéressant qui saura bondir dans le coeur de bon nombre de lecteurs.

 

Ma mère, mon bourreau

Julie Gregory

L'Archipel (Archipoche)

310 pages

7,50 €

 

Ajouter un commentaire

Code incorrect ! Essayez à nouveau

Date de dernière mise à jour : 11/03/2012