Léviatemps, Maxime Chattam

 

 

 

Quatrième de couverture


A trop désirer la mort, on y brûle son âme.

Paris, 1900.
Prisonnier de son succès, un écrivain décide de tout quitter pour entrer au plus profond de ses cauchemars, de ses abysses, explorer ce qu'il y a de pire en lui. Dans ce terreau de peurs se cache la matrice des monstres enfouis en chacun de nous. Un Léviathan d'ombres, un golem de violence.
Guy de Timée voulait déterrer la fange, il va rencontrer le Mal.

Chronique d'Alexandre

C’est du dernier titre de Maxime Chattam dont je vous parlerai aujourd’hui : Léviatemps ».

Paris, 1900, Guy de Timée est écrivain à succès. La vie lui sourit et pourtant, du jour au lendemain, il plaque tout pour changer d’existence. Pour écrire LE roman, il quittera sa femme, sa fille, ses amis, son confort et tout ce qu’il possédait pour aller vivre dans un des nombreux bordels de la capitale.

Sa nouvelle vie avance tranquillement jusqu’au jour ou Milaine, l’une des prostituées de l’établissement, est retrouvée morte, devant la porte de celui-ci. Tout de suite, l’hypothèse de la mort naturelle ou accidentelle est écartée. Il s’agit bien ici d’un meurtre. Et pas n’importe lequel ! L’état de la victime laisse supposer une rare violence et une volonté d’exhibition du corps.

Visiblement pour ne pas troubler le bon déroulement de l’Exposition Universelle (évènement colossale, plate forme financière et diplomatique se tenant au cœur de la ville lumière), la police préfère enterrer l’affaire et tout mettre en œuvre pour qu’elle n’arrive pas aux oreilles de journalistes.

Indignés par ce manquement, Guy et Faustine (l’élite du bordel) décident de mener leur propre enquête pour venger leur amie commune. Viendra s’ajouter à ce duo l’inspecteur Perotti. Amant et client de Milaine avant sa mort, celui cherche à se venger de l’assassin de celle qu’il aimait.

C’est encore une fois une intrigue d’une exceptionnelle qualité que nous livre un auteur au rendez-vous. Si le démarrage peut sembler un peu long, le lecteur sera emporté dans tous les sens dès le premier tiers de la lecture dépassée. Les rebondissements, la progression de l’enquête des héros, la précision des informations apportées tout au long de l’ouvrage en contenteront plus d’un. 

Guy et Faustine, personnages centraux du récit, sont tous deux des écorchés de la vie, en quête d’eux-mêmes, cherchant un sens à leur fuite commune et à leur existence. Tout aussi clairs soient-ils, un aspect mystérieux demeure chez chacun. Quels sont leurs véritables sentiments ? D’où viennent-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Des questions que l’on se pose, mais que les personnages se posent aussi. Parfois à propos d’eux, parfois à propos de l’autre. Un aspect assez plaisant qui persiste tout au long de la lecture. 

L’auteur soulève ici certaines tendances politiques de l’époque. Si les monarchistes demeurent, les républicains et anarchistes n’en sont pas moins présents. Les tensions entre les différents partis sont évoquées, sans pour autant être trop présentes ni trop évasives. Encore une fois, un équilibre fort appréciable, art que Maxime Chattam semble maîtriser, si pas à la perfection, au moins en grande partie.

Comme dans chacun des ouvrages de Chattam qu’il m’a été donné de lire, au moins une grande question ressort et vient titiller notre corde sensible, vient bousculer nos certitudes et nos croyances. Dans Léviatemps, la question pourrait plus être un constat, tout dépend de la manière dont nous interprétons les dires de l’héroïne. Et si notre monde tel qu’il est aujourd’hui, un monde de progrès, un monde dominé par le capitalisme, ne possédait aucun garde fou ? Et si tout était justifiable, des inventions les plus basses au plus grandes, pour autant qu’elles soient présentées comme étant une avancée pour l’humanité ? Si toutes ces inventions, tout ce progrès n’était là que pour nous jeter de la poudre aux yeux pendant que les grands de ce monde font de nous ce qu’ils veulent ? Je l’ai dit un peu plus en avant, ces questions peuvent n’être qu’un constat, c’est en fonction de notre position par rapport à la société actuelle. Mon côté anarchiste aurait tendance à les prendre plus comme un constat, à vous de vous positionner, à vous de vous interroger et de remettre en question ce que vous savez et ce que vous pensiez.

Trêve de philosophie, revenons à nos moutons ! Bien que peu présentes dans les débuts de l’histoire, les scènes gores ne manquent pas à l’appel, mais sont plus espacées et moins détaillées que dans d’autres ouvrages tels que L’âme du mal ou encore Prédateurs. Toutefois, l’accent est mis sur l’aspect psychologique des meurtres, sur leur mise en scène et leur interprétation.

Diverses notions de psychologies seront abordées tout au long du récit. D’une part celles auxquelles l’auteur nous à habitué, relative au « Langage du sang », le crédo de Joshua Brolin (cf : L’âme du mal), d’autre part une solide base de Graphologie (étude de l’écriture) est apportée au lecteur, venant donner un nouveau souffle à l’intrigue. Personnellement, je n’ai pu m’empêcher de faire des parallèles avec les écritures de mes proches par rapport à ce qui nous est expliqué.

 

Vous l’aurez compris, c’est encore une œuvre que j’ai vraiment beaucoup appréciée et que je recommande chaudement, comme à chaque fois, à qui n’est pas allergique aux mots suspens ou intrigue.

 

Alexandre

 

Albin Michel

22 euros

443 pages

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Date de dernière mise à jour : 25/06/2012