Interview de David Emton

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Nous avons le plaisir de vous présenter notre interview de David Emton, un auteur qui vient de publier son premier thriller (sur fond ésotérique et géopolitique) chez l'éditeur Albin Michel et dont le titre est Le Secret de Dieu (vous pouvez en trouver la chronique de ce très bon livre ICI).

Sans plus attendre, voici l'interview :

1) Avant d’aborder le livre, quelques mots sur l'auteur : que pouvez-vous nous dire sur vous, David Emton ?

David EMTON - Pas grand chose, je le crains ! J’ai toujours répugné à parler de moi – par pudeur, par lucidité, par réflexe aussi. Même mon éditeur n’est pas tout à fait certain de savoir dans quelle capitale je réside… Disons que mon passé de reporter international m’a donné le goût du détail et le sens de l’horizon. Le reste, me concernant, a peu d’importance. Comme tout artiste, je crois, l’écrivain devrait faire oublier les coulisses pour ne se concentrer que sur ce qu’il a à offrir, au final, au public. En l’occurrence, un roman…

2) Justement, qu'est-ce qui vous a donné envie de vous lancer dans l'écriture d'un roman, après avoir été reporter ?

David EMTON – Permettez-moi de renverser la question : pourquoi ai-je attendu si longtemps avant de vivre ma vie de « conteur » ? Depuis l’enfance, j’ai toujours eu le goût du romanesque, de l’aventure, du voyage – du voyage « hier et ailleurs »… J’ai transigé en choisissant le reportage, pour aller au-devant de réalités lointaines qui, bien souvent, dépassent nos « fictions » parisiennes, et en revenir plus riche de « petits faits vrais » (Stendhal). Passer du journal au livre est un itinéraire fréquent chez les romanciers. L’imagination n’a qu’un seul combustible : la réalité.

3) Qu'est-ce qui vous a poussé à écrire un thriller sur un sujet religieux, apportant ainsi de nouvelles idées sur le but des religions ?

David EMTON – Pour deux raisons. D’abord parce que le monde est entré, une fois encore, dans une période d’intense activité religieuse, ainsi qu’on le dit des volcans. Et Jérusalem, où se déroule l’essentiel du Secret de Dieu, est le centre de ces passions mondiales. Ensuite, parce qu’il me semblait qu’on pouvait arriver à un résultat assez vertigineux en mêlant Histoire, Religion et Géopolitique. Mais, de cela, je laisse les lecteurs seuls juges…

4) Le résultat est époustouflant, en effet, et le livre en tous points passionnant. Afin d’appuyer vos théories, je suppose que de nombreuses recherches sur les thèmes de l’histoire et des religions ont été nécessaires. Pourriez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

David EMTON – Beaucoup de recherches, oui, et dans des domaines aussi variés que la théologie, l’histoire des guerres et des religions, la symbolique, l’archéologie, mais aussi la cryptologie et les technologies militaires. Le but étant de réunir dans une même intrigue ces différentes « trouvailles » (la signification réelle du mot « Amen », l’absence de manifestations de Dieu à Jérusalem, l’obsession maçonnique pour le Temple, la peur de Napoléon à l’idée de prendre la capitale des Hébreux, le satanisme de Hitler, la découverte de nouveaux souterrains sous le Mur des Lamentations, la fabrication de nanodrones israéliens…). En un clin d’œil à Hunter S. Thompson, un journaliste a gentiment rebaptisé Le Secret de Dieu  : Jérusalem parano… Et c’est vrai : la révélation ultime de mon livre doit lier toutes les civilisations, toutes les époques, tous les conquérants et tous les prophètes. Il fallait donc une trame très fortement documentée. Il ne peut y avoir d’histoire fantastique sans un cadre crédible. En reposant ce roman, si le lecteur reste songeur, se disant : « tous les faits bruts sont vrais, seule l’hypothèse finale est démentielle… », alors j’aurais réussi mon pari.

5) L’idée de base de votre histoire, celle qui a lancé son écriture et toutes les recherches que vous avez effectuées est-elle cette hypothèse finale, ou au contraire celle-ci vous est-elle venue à l’esprit au fur et à mesure de vos recherches ? Si ce n’est pas elle l’idée de base, quelle est l’idée qui vous a poussé à faire toutes ces recherches ?

David EMTON – La révélation finale du Secret de Dieu est bien évidemment ce qui a motivé l’écriture du roman ! Mais il est impossible d’en parler ici sans gâcher la surprise de futurs lecteurs... Disons simplement que j’ai réuni dans ma poigne certaines énigmes historiques et religieuses pour les tendre vers une explication unique et – j’espère… – inouïe. Au nombre de ces énigmes : pourquoi les textes sacrés désignent-ils tous Jérusalem comme la ville de Dieu, alors qu’Il ne s’y est jamais manifesté une seule fois ? Pourquoi la Ville « trois fois sainte » n’a-t-elle engendré que la folie et la haine entre les hommes ? Pourquoi la « Ville de la Paix » n’a-t-elle connu que la guerre depuis sa fondation ? Bref : que s’est-il passé à Jérusalem, avant même l’apparition du genre humain, pour que toutes les religions en fassent leur point de ralliement, de fixation, d’obsession ?

6) Vous avez créé, dans ce livre, un grand nombre de personnages fondamentalement différents les uns des autres. Ils sont tous uniques, et aucun ne laissera le lecteur indifférent. Avez-vous eu des problèmes à gérer les personnages aux modes de pensées différentes voire opposées aux vôtres ? Par extension, quelles sont les grandes difficultés que vous avez rencontrées avec vos personnages ? Et quels sont ceux qui vous ont donné le plus de mal ?

David EMTON – Tout d’abord, s’il y a autant de personnages, c’est qu’il était indispensable que toutes les facettes de l’humanité soient présentes dans cet roman apocalyptique. Femme, Homme, chrétien, Juif, franc-maçon, musulman, athée, Européen, Africain, Asiatique, etc. : tous convoqués car tous concernés par Le Secret de Dieu, c’est-à-dire par le secret de nos origines… Ensuite, j’ai voulu, en effet, les « marquer », chacun à leur manière, mais sans tomber dans les habituels clichés : il m’a donc fallu les imaginer avant de les « concevoir », comme le ferait une mère… Comment ? Par un mélange naturel d’influences : lectures, reportages, connaissances et imagination pure. J’ajouterais que la principale difficulté, quand vous accouchez de personnages capables de dérouter le lecteur (ami ? ennemi ?), c’est qu’ils finissent par vivre leur existence : croyez-le ou non, les personnages s’imposent au romancier ! Or, dans un roman comme Le Secret, ils doivent impérativement demeurer les pièces d’un puzzle infernal. Mais c’est une relation prodigieuse, somme toute comparable à celle de l’acteur avec ses différents rôles : penser, sentir, agir comme un tueur oriental, une jeune Parisienne, un gradé des services spéciaux ou un antiquaire musulman gardien d’épuvantables secrets, quelle variété, quelle chance ! Et pour finir, aucun ne m’a donné du mal, si j’excepte Celui qui se manifeste à la fin du livre… Mais motus, n’est-ce pas ?

7) La recherche d’un éditeur est souvent une grande difficulté pour les auteurs qui veulent faire éditer leur premier livre. Or, vous avez réussi à vous faire éditer directement dans une grande maison d’édition. Comment les choses se sont-elles passées, à ce niveau-là ? Auriez-vous des conseils à donner aux auteurs qui se lancent ?

David EMTON – Je ne boude pas mon plaisir : voir son premier roman édité par Albin Michel, numéro un en littérature, c’est un peu comme faire sa première saison au Barça ! Mais de là à donner des conseils, tel un vieux brisquard, ce ne serait pas judicieux… Dans quelques décennies, peut-être ! Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai la chance d’avoir pour éditeur un romancier de grand talent, Gérard de Cortanze, qui connaît toutes les facettes du métier, et qui en dépit de ses succès littéraires sait se consacrer à ses auteurs. Et si je devais ajouter un mot à l’intention des candidats à la publication, ce serait : n’hésitez pas ! Les grandes maisons d’éditions reçoivent certes des dizaines de manuscrit chaque jour, mais elles sont organisées pour les trier et y dénicher leurs futurs auteurs.

8) Votre livre touchant aux religions, qui est un sujet sensible, je suppose que vous risquez de rencontrer un certain nombre de détracteurs. Avez-vous déjà eu des expériences avec des personnes réagissant de manière agressive après la lecture de votre livre, car il ne correspond pas tout à fait à leurs croyances ?

David EMTON – Les religions sont même un sujet explosif ! Mais Le Secret de Dieu n’a suscité aucune réaction hostile de la part de lecteurs pratiquants. Les seules « attaques » sont plutôt venues de cette frange, fait de bric et de blogs, où l’extrême droite et l’extrême gauche se rejoignent dans la détestation de l’Occident, des USA et d’Israël, tout en s’interrogeant doctement sur le fait de savoir si le terroriste Mohamed Mera était un combattant ani-impérialiste ou une victime de la société de consommation… Inutile de préciser que pour ce genre de zozos, Le Secret de Dieu, qui célèbre l’humanisme issu du judéo-christianisme, est aussi agréable qu’une éclaircie pour un vampire… Mais pour en revenir aux lecteurs, de plus en plus nombreux à m’écrire, je dirais que les athées comme les croyants se sont pris au jeu du Secret : les uns y voient une fable, les autres une fresque qui réunit dans un même combat chrétiens, juifs et musulmans. Et puis, la religion, dans ce roman, relève aussi de la connaissance, qu’il s’agisse, nous l’avons déjà dit, de la signification réelle de l’acronyme « Amen », de l’histoire très mouvementée du Saint-Sépulcre, ou du fait que la religion qui progresse de manière fulgurante sur terre, et singulièrement en Asie, ce n’est pas l’islam mais le christianisme. Nous sommes là dans le domaine des faits et non de la foi. Ce qui permet, je crois, un échange plus apaisé.

9) Avant de terminer cette interview, je crois qu’il serait bon de poser une dernière question, celle qui intéressera sans doute nombre de lecteurs : quels sont vos projets pour l’avenir ? Avez-vous l’intention d’écrire d’autres livres ? Si oui, sur quels thèmes ?

David EMTON – Je viens de terminer un recueil de nouvelles, bâties sur le même modèle du page turner, et je m’attèle à la rédaction de mon deuxième thriller, dont le titre provisoire est Déluge. Il y sera question de Paris noyée par la crue du millénaire, et l’apparition, un soir de Noël, d’un enfant énigmatique, annonciateur d’une autre forme de déluge. Je passe donc d’un roman apocalyptique sur la religion à un roman apocalyptique sur l’écologie – et le troisième concernera la science.

Je vous remercie beaucoup pour ces réponses très intéressantes et vous souhaite beaucoup de succès pour vos prochains livres, dont les thèmes promettent déjà des thrillers époustouflants.


Albin Michel a concacré un site à David Emton. Nous vous invitons à le découvrir : http://www.davidemton.com/

 

Garlon

 

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