Interview de Frédéric Livyns

Au début du mois de février, j'avais chroniqué : Les Contes d'Amy de Frédéric Livyns et il m'a gentiment accordé une petite interview, alors au lieu de parler inutilement, je vous laisse la découvrir.


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Melisande : Bonjour Frédéric Livyns. Pourrais-tu te présenter pour les lecteurs ?

Frédéric Livyns : Je suis né le 02 juin 1970 à Tournai en Belgique. Je suis l’heureux papa d’une petite fille de 3 ans et demi et bientôt d’un petit garçon J Je vis avec ma petite famille dans un petit village belge nommé Estaimpuis situé près de la frontière française. A 20 km de Lille environ J

 

M : Tu t’es passionné très tôt pour la littérature fantastique et la science fiction, cela a dû commencer par la lecture, mais quand as-tu commencé à écrire ? Et pourquoi t’es-tu lancé dans l’écriture ?

F.L. : C’est effectivement la lecture qui a donné naissance à l’envie d’écrire comme pour la majorité des auteurs. Le déclic s’est définitivement produit après la lecture de deux romans fantastiques : Le djinn de Graham Masterton et Catacombes de Serge Brussolo. A ce moment là, je me suis dit : « C’est ça que je veux faire ! ». Ecrire quelques histoires qui me trottaient en tête afin de les partager avec mes proches. J’ai toujours adoré l’aspect « conte » dans la littérature. J’écrivais déjà quelques textes mais la révélation proprement dite s’est produite à ce moment là. Depuis, il ne se passe pas une seule journée sans que je ne griffonne quelques lignes.

 

M : Quand es-tu passé de l’écriture pour soi à l’envie de partager ton histoire et d’être publié ? Il n’est pas toujours évident de « lâcher son bébé » alors, pourquoi avoir décidé de le laisser voir le monde ?

F.L. : Cela s’est un peu fait par hasard. Comme je le disais, j‘écrivais surtout pour mes proches et n’avais jamais eu a prétention de faire éditer quoi que ce soit. Un ami de longue date a ensuite fondé les Editions Chloé des Lys. Il m’a alors proposé de soumettre une de mes histoires. Je sortais d’un passage sombre de mon existence et venais d’achever la rédaction de Phero Nexafreuse, une chronique sociale désabusée teintée de fantastique. Je lui ai alors remis et, finalement, je fus le premier auteur signé chez eux sous le nom de Kiss Huige, un pseudonyme humoristique. Je n’avais pas suffisament confiance en moi pour éditer sous mon vrai nom à cette époque. Je me rappelle de ce mélange d’excitation à l’idée de tenir mon premier roman dans mes mains et la crainte de voir ce livre peu ou pas apprécié.

 

M : As-tu rencontré beaucoup de difficultés à te faire publier ? Dis-moi quel a été ton parcours ?

F.L. : En ce qui concerne l’édition de mon premier roman, on va dire que la sortie est assez paradoxale. En fait, le comité de lecture de Chloé des Lys était composé à cette époque de trois personnes. Deux que je connaissais et une que je en connaissais pas. Les personnes que je connaissais étaient justement opposées à sa publication en raison du caractère « choc » de l’ouvrage et c’est celle dont j’ignorais tout qui s’est battue bec et ongles pour qu’il soit édité. Les autres membres du comité se sont alors laissés convaincre par ses arguments et le livre à vu le jour en 1998. Il a été suivi par Matriarcat un roman noir et Résurgence un roman purement fantastique.

Vers 2002, j’ai alors essayé de franchir un palier et j’ai démarché d’autres maisons d’édition qui m’ont toutes déboutés, la majorité du temps par lettre type. L’une d’entre elles dont je tairais le nom m’a cependant bien « cassé » en me disant que je rendrais service à tout le monde en me cantonnant à un rôle de lecteur. Ca fait toujours plaisir, lol. Plus sérieusement, je ne vous dit pas dans quel état j’étais après cette lettre. Je suis alors passé par une phase de remise en question car je ne lâche pas facilement prise et ai retravaillé sans cesse mes écrits afin de les améliorer. Cette phase a duré quelques années mais cela m’a été grandement profitable. C’est durant ce moment que j’ai réalisé que tout passait par le travail J

Ensuite, tout en retravaillant mes écrits, j’ai sorti un recueil de poèmes rédigés à l’époque de Phero Nexafreuse. Le recueil se nomme D’échéance de soi et est paru sous le pseudonyme de Joshua Zell aux éditions Le Manuscrit. Je n’ai aucunement la prétention d’être un poète car je considère plus ces textes comme des instantanés d’émotions mis en vers. Pour l’anecdote, ce pseudonyme provient des prénoms que ma compagne et moi préférions si nous avions des enfants : Joshua et Zélie. Finalement, nos enfants se nomment Ayleen et Léo, mdr J . Pour finir, en 2009, j’ai achevé la rédaction de Catharsis, un roman sombre traitant de l’inceste. J’ai également démarché les éditeurs sans succès jusqu’à ce que Edilivre me dise oui et le publie la même année. Je savais très bien que Edilivre n’avait pas bonne presse mais c’était pour moi une manière commode de sortir mon livre et de l’incorporer à un réseau. Ce fut le premier roman à sortir sous mon vrai nom. Les retombées furent quasi-nulles, lol. J’ai ensuite sorti un recueil de nouvelles fantastiques nommé Entrez… début 2011. Et c’est à partir de ce moment là que je dois énormément à ma compagne. Je sortais mes livres dans, soyons francs, un anonymat quasi complet étant donné que la satisfaction (égocentrique, je sais) d’avoir mon livre dans ma bibliothèque et de le partager avec mes proches me suffisait. A  la sortie de Entrez…  donc, ma femme m’a poussé à le soumettre à des sites spécialisés. Je fus le premier surpris des excellentes chroniques reçues. Et c’est là que tout a vraiment commencé à bouger.


les-contes-d-amy.jpgM : Pourrais-tu parler un peu de ton livre : Les Contes d’Amy ?

F.L. : En fait, Amy fait partie d’un concept global que j’expliquerai un peu plus bas J C’est une histoire commencée il y a quelques années et qui ne cesse de s’étendre dans mon petit esprit en ébullition. Comme l’a parfaitement souligné une chroniqueuse, l’enfant est au centre des histoires. Tantôt victime, tantôt bourreau. C’est vraiment le fil conducteur reliant les nouvelles. Mais ce n’est absolument pas gratuit.

De plus, j’ai voulu créer une atmosphère que l’on ne trouve malheureusement plus de nos jours en y intégrant des illustrations. Quand j’étais adolescent, j’adorais ce principe d’illustrations insérées dans les nouvelles. J’ai réutilisé ce concept délaissé en faisant illustrer chaque titre avec l’ambiance de la nouvelle. Et là, je dois remercier Kevin Biseau qui a dépassé mes espérances. Une amie, Tina Chondropoulos, m’a alors fait l’illustration de couverture selon mes souhaits et je suis également époustouflé par son travail. Comme tu l’as souligné dans ta chronique, elle s’intègre à merveille au recueil. Elle en est le parfait reflet J

 

M : Ce recueil se présente comme des histoires dans une histoire, elles sont parfaitement intégrées à un texte. Pourquoi avoir choisi d’introduire de cette manière les nouvelles et non pas en les mettant tout simplement les unes après les autres, comme dans la plupart des recueils ?

F.L. : J’aime avoir un thème commun entre plusieurs histoires. Dans mon recueil précédent, Entrez…, le thème était les maisons hantées. Je me suis amusé à faire plusieurs déclinaisons de phénomènes étranges, de peurs enfantines, pouvant naître entre quatre murs. Pour les contes d’Amy, en raison du concept que j’ai en tête, je devais prendre certaines histoires et en écarter d’autres. Je tenais absolument à respecter ce principe. Je voulais justement, sans prétention aucune si ce n’est celle de surprendre, innover, ne pas chercher la facilité et mettre côte à côte des histoires n’ayant rien à voir entre-elles. Je voulais que tout se tienne. Je crois avoir atteint mon but car beaucoup de personnes me disent qu’ils auraient aimé en savoir plus sur Amy mais j’élude délibérément la question… jusqu’à maintenant J

 

M : Pourquoi avoir choisi le format de la nouvelle pour présenter cette histoire ? Car il y a vraiment matière à créer tout un roman et d’intégrer d’une certaine manière, les contes d’Amy, surtout au vu de ce qu’on a pu lire dans le dossier qui parlait d’Amy ?

F.L. : Allez, en exclusivité pour toi, je vais donner l’information. Comme tu as pu le constater lors de ta lecture, les nouvelles sont les cauchemars infligés aux pensionnaires de l’asile. C’est ce dont s’aperçoit Coralie en lisant le rapport du médecin.

Il y a quelques années, j’ai créé un personnage maléfique qui tourmentait les patients d’un asile. Ce personnage s’appelait Emilie et est devenu au fil du temps Amy. Il y a un roman d’écrit sur Amy. L’histoire englobant les nouvelles en est tirée. Elle se situe juste plusieurs années après les faits. Dans ce roman, qui s’appelera tout simplement « Amy », tout l’univers sera développé. Son arrivée, son séjour, ses méfaits… Tout sera expliqué. Il faut juste que j’arrive à en être satisfait avant de le soumettre à un éditeur et que celui-ci l’accepte. Au final, le recueil et le roman seront inextricablement liés J


M : Tu écris essentiellement des nouvelles (des recueils), mais également des romans, l’écriture d’un exercice à l’autre diffère-t-elle beaucoup ou pas ?

F.L. : La nouvelle est un exercice plus difficile dans mon cas. Je ne sais pas si c’est le cas pour les autres auteurs. Il faut créer une ambiance et une histoire plus dense en raison du nombre restreint de pages. Il faut être fort concret. Dans un roman, on peut se permettre de développer plus une psychologie ou un descriptif tandis que, dans la nouvelle, il faut aller à l’immédiat sans donner une impression de manque au lecteur. De là découle peut-être l’effet visuel de mes textes que beaucoup de lecteurs mettent en avant.

 

M : Quel « exercice » te semble le plus facile, le plus familier (écrire n’étant jamais quelque chose de « facile » sinon tout le monde pourrait se revendiquer auteur du moment qu’il écrit quelque chose) et pourquoi ?

F.L. : Encore une fois, je vais être paradoxal. Ecrire un roman me paraît le plus facile à condition d’avoir un squelette d’écriture solide. Il ne faut pas se permettre de laisser sa plume s’égarer. Il arrive parfois qu’un personnage ou une situation prenne un chemin différent de celui que l’on s’est fixé et alors il faut remanier l’ossature pour des raisons de crédibilité. Mais la nouvelle est l’exercice qui m’est le plus familier. Je dois avoir une petite centaine de nouvelles à des stades d’avancement divers. Certaines verront le jour et d’autres resteront à jamais coincées dans les circuits de mon ordinateur, lol.

 

M : Tu es tout d’abord passionné de littérature fantastique et de science fiction, comment en es-tu venu à écrire des thrillers, du suspense ? (ce qui est le cas majoritairement dans le recueil Les Contes d’Amy) ? Qu’est-ce que t’apporte ce nouveau genre ?

F.L. : Je m’étais essayé à la science-fiction mais c’était tellement mauvais que je ne voudrais infliger cela à personne, lol. Quant au thriller, cela s’est fait inconsciemment. Pour moi, les deux genres peuvent être complémentaires. Créer un suspense au sein d’une ambiance fantastique, essayer de prendre le lecteur à contre-pied, lui donner envie d’aller plus loin dans la lecture pour le surprendre au final m’amuse beaucoup. Dans une nouvelle, je me refuse toujours à prendre la première fin qui me vient à l’esprit. Je me dis que si j’y ai pensé directement, d’autres le feront. Parfois j’arrive à l’effet escompté, parfois pas. Cela m’amuse énormément. Je crois que cela se sent.

 

M : Quels sont tes projets à venir ? Des écrits en cours ou bien des parutions à venir ?

F.L. : Il y a en premier lieu la sortie de Oxana aux éditions Sharon Kena ce 21 février. C’est mon premier roman bit-lit pour adolescents. J’espère que les gens aimeront. Je me suis efforcé de créer un univers différent de celui que les gens imaginent dès qu’on parle de ce genre.

En juillet 2012, un roman fantastique nommé Le souffle des ténèbres paraîtra à Val Sombre édition. Il mêle le fantastique contemporain et les légendes bretonnes.

J’écris également des contes fantastiques pour enfants en collaboration avec un illustrateur mais le projet a pris un peu de retard. J’espère qu’il pourra voir le jour fin de cette année.

  • « Danse de sang », un autre roman fantastique, est en soumission auprès de Val Sombre.
  • « Eclats d’âmes », également un roman fantastique est en cours de soumission auprès de divers éditeurs.
  • « Ame égarée » (titre de travail) est en phase de béta-lecture J J’attends les retours avant de corriger et modifier.
  • « Les résidents », roman fantastique arrive en fin d’écriture.
  • « Sutures », un nouveau recueil de nouvelles fantastique, est achevé et est en phase de relecture. Le fil conducteur sera cette fois la souffrance.
  • « Amy » est toujours en travaux.
  • « Les maux dits » recueil de poésie est en travaux également.
  • Il y a aussi un roman de fantasy qui avance doucement depuis quelques années et un autre roman bit-lit post-apocalyptique en cours d’écriture.

 

M : Un petit conseil pour de futurs écrivains en herbe ?

F.L. : Je ne crois pas être le mieux placé pour donner des conseils car je n’en suis moi-même qu’au début de mon parcours. Je dirais tout simplement ceci : Il faut toujours croire en vous quoi qu’on vous dise mais également avoir l’humilité nécessaire de se remettre en question. Pour cela, il ne faut pas hésiter à donner vos écrits à lire à des personnes qui vous égratigneront peut-être. Au final, ce ne peut être que bénéfique. Il faut donc se créer son réseau de béta-lecteurs ou faire appel à des structures déjà existantes.

 

M : Merci d’avoir répondu à mes questions et bonne continuation !

F.L. : Merci surtout à toi d’avoir chroniqué « Les contes d’Amy » et de m’avoir accordé cette interview ! Je te souhaite beaucoup de succès J


Je vous remets ici ma chronique du recueil : Les Contes d’Amy, en espérant que cette petite interview vous donne envie d'en savoir un peu plus sur cet auteur, à travers son écriture :)

 

Melisande

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Date de dernière mise à jour : 21/02/2012