Interview de Laurent Whale

 

Laurent Whale est un auteur franco-britanique qui écrit essentiellement des textes (livres et nouvelles) de science-fiction/Anticipation.

Il est devenu un auteur connu et apprécié, et a reçu un prix, comme le prix Merlin, en 2005. Il fût également finaliste du prix Rosny Ainé 2006 et sélectionné pour le prix des Futuriales 2011.

Un auteur en plein essor, donc, et avec un très bel avenir littéraire devant lui.

Deux de ses livres sont actuellement chroniqués sur Lire Ou Mourir :

Les Pilleurs d'âme

Les Etoiles s'en balancent

Ces deux livres furent de très bonnes lectures, et je n'hésiterai pas à continuer de lire les livres de Laurent.

Laurent a répondu favorablement à notre demande d'interview, et a donc répondu aux quelques questions que nous lui avons posé.

Vous pourrez ainsi voir un auteur plein d'humour qui connait un très beau parcours et qui a de nombreux projets littéraires.

Mais assez parlé (ou plutôt écrit). Je vous laisse déguster les superbes réponses de cette interview.

Bonjour Laurent, et merci beaucoup d’avoir accepté de répondre à cette interview pour Lire Ou Mourir.

Tout le plaisir est pour moi, c’est sympa d’avoir demandé.

Tout d’abord, pourriez-vous nous parler un peu de vous ?

Vous prenez des risques, vous !

C’est toujours la question piège. Par quoi commencer ? Né : oui. Où et quand : en Angleterre, il y a quelques années. Le pourquoi est plus difficile à définir… Ensuite, écoles diverses ; pas longtemps. Travailler, vite… Armée et Afrique puis Angleterre à nouveau ; longtemps. Musique. Retour Paris, musique encore et bosser en costard commercial (beurk) ; trop longtemps. Enfin, Ecriture ; début. Brocante en parallèle, sympa. Voyages. Pour finir : freelance en formation, encore mieux. Écriture toujours. Chance.

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ?

La première réponse qui me vient à l’esprit est : la lecture. La plongée dans les imaginaires de mes auteurs favoris d’ado. En fait, au tout début, je me destinais plus à la BD qu’au roman. Puis, j’ai dérivé vers l’illustration. Le temps a passé, la vie aussi, un peu. Des années plus tard, la chose s’est faite naturellement, au contact d’une amie photographe amoureuse des mots. Échange épistolaire prolongé et, de fil en aiguille, écriture d’un premier roman à quatre mains. Un space opera délirant où les E.T.  baveux côtoyaient des scènes à l’érotisme torride !

Pourquoi de la science-fiction plutôt qu’un autre genre littéraire ?

Comme je le disais, premières passions d’enfant. Bibliothèque verte : Les naufragés de la planète Mars (Lester Del Rey)… et d’autres du même genre. Puis, Van Vogt et celles et ceux du FNA. Les couvertures polychromes avec des types musclés explorant en justaucorps moulants la surface d’un planétoïde. Mystère, danger… Au loin, la fusée, dressée vers les étoiles. L’envie de voyages, d’aventures lointaines. Lorsqu’on vit dans un petit village de province ― pour ne pas dire cambrousse ! ― à l’époque des 3 chaines de télé, on n’a pas forcément envie de s’évader avec Zola aux commandes…

La S-F est un genre littéraire où tout est possible. On peut y inventer des futurs et même des passés alternatifs. S’extraire de l’ordinaire. On peut y rêver à voix haute, hors du carcan de la réalité.

Comment trouvez-vous toute cette inspiration ? Certaines de vos lectures y ont-elles contribué ?

Oui, bien sûr, les lectures, mais pas seulement. La vie, les films, la musique. Observer autour de moi sans forcément penser à quelque chose en particulier. Juste laisser dériver le fil dans le vent. Attraper une ambiance, ici ou là. Allez, je lâche un petit secret de fabrication : au fil du temps, j’ai développé la faculté de provoquer mes rêves. Je peux souvent les orienter et je m’en souviens toujours. Bon, parfois je ne dédaigne pas la méthode classique : deux doigts de réflexion, et autant de scotch !

Souvent, le point de départ est issu d’une colère momentanée ou d’une révolte. Je me dresse sur mes ergots et  laisse fuser mes Scuds ― pour les nouvelles, surtout. Les romans, eux, débutent principalement sur une ambiance. Parfois, ils sont une nouvelle qui s’étire. Les étoiles s’en balancent est de ce type. J’écrivais une nouvelle pour un appel à textes de Serge Lehman et 400 pages plus tard, il me restait encore des choses à dire !

Lors de vos débuts, pour la parution de votre premier livre (Le chant des Psychomorphes), je suppose que, comme pour tout auteur, ça n’a pas été facile de vous faire éditer. Pourriez-vous nous parler un peu de cela ?

Effectivement, les voies de l’édition sont impénétrables ― ou presque ! Avant celui-ci, j’avais deux romans au compteur. Le premier, dont je parlais plus haut Sombre héritage ; le titre me revient à l’instant, qui n’a jamais été proposé à l’édition et un autre, L’élu du hasard, que j’ai eu la faiblesse  ― et la prétention ― d’envoyer à la face des éditeurs ébahis par tant d’outrecuidance ! Quelques mois et une tonne de rognures d’ongles plus tard, j’étais l’heureux papa d’une imposante collection de lettres de refus !

Mais je persévérais. Mon antre était devenu le repaire d’une créature hybride : l’homme-clavier ;-)

En 2004, par l’entremise d’un ami belge, je suis entré en contact avec le regretté Alain le Bussy. C’est lui qui, à force de conseils, d’encouragements et d’amitié est parvenu à me faire produire mon premier texte publiable : une nouvelle Hélas Elias sortie la même année chez Eons en accompagnement d’un roman de Claude Ecken. La dite nouvelle reçut le prix Merlin l’année suivante et c’est là que j’appris, de la bouche même de P.J Herault, que Le chant des Psychomorphes avait été accepté par Rivière Blanche ! Le mail de l’éditeur s’était perdu dans les boyaux d’internet.

Vous êtes passé par plusieurs éditeurs pour vos différents livres (Eons, Rivière Blanche et Ad Astra). Pourquoi avoir choisi de faire comme ça ? Et pourquoi ces maisons d’édition là précisément ?

L’honnêteté qui ne me caractérise pas toujours m’oblige à faire ici un aveu : je n’en suis pas encore à choisir mes éditeurs ! C’est en général l’inverse qui se produit. Le Chant…  avait été envoyé à une dizaine de maisons, mais je caressais le secret espoir que Rivière Blanche le prenne puisqu’ils portaient haut le flambeau du défunt Fleuve Noir Anticipation. Comme je le disais, le FNA a longtemps été  mon dealer d’évasion.

Dans le même temps, J’avais commis un polar futuriste délirant où le héros (Nelson Burett) se croyait la réincarnation de Bogart. Dans l’euphorie de mon prix Merlin, les éditions Eons me l’ont signé et il est sorti en 2006 en version papier et ebook un peu plus tard.

Pour Les pilleurs d’âmes, roman de S-F dans le monde de la flibuste au XVIIe, le cas est différent. Ce manuscrit avait été remodelé pour plusieurs éditeurs et finalement laissé de côté pour diverses raisons (littéraires entre autres). Je l’ai retravaillé à fond pour mon compte, plus par fierté que par réel espoir de lui donner une seconde chance. Finalement, je l’ai transmis aux éditions Ad Astra à Rennes qui l’ont adopté sur le champ (bénis soient-ils pour les siècles des siècles). La Bretagne et la flibuste ont toujours fait bon ménage. La preuve : il vient d’être réédité.

Enfin, pour Les étoiles s’en balancent le choix s’est imposé de lui-même. Ce thème était dévolu à Rivière Blanche. Dès le début de l’écriture, j’en ai parlé à Philippe Ward (patron de RB) qui a immédiatement adhéré au projet et programmé un créneau pour la sortie. Cet homme est un saint.

À ce propos, l’avenir, dans Les Etoiles s’en balancent, est assez particulier. Est-ce  votre propre vision, ou simplement le cadre des aventures de vos personnages ?

Les deux. Comme disait Pierre Dac : « Quand on voit ce qu’on voit, qu’on sait ce qu’on sait, on a raison de penser ce qu’on pense ». À la vitesse actuelle de dégradation de la société ― financière et sociale ― je n’imagine pas comment l’avenir pourrait être nappé de guimauve au chocolat. Cette fois, j’avais envie de dire un certain nombre de choses, notamment sur ce mur qui arrive si vite que personne n’aura le temps de freiner. Moins S-F qu’anticipation, il ne s’agit pas d’un post-apocalyptique au sens propre. L’apocalypse n’est pas ici le fruit de l’hiver nucléaire, elle est beaucoup plus insidieuse, plus proche de nous aussi. Plus palpable. Elle est le fruit du quotidien. L’extrapolation de notre présent qui se refuse obstinément à reconsidérer ses recettes séculaires. C’est certain, il arrive ce mur, et plus vite qu’on ne le croit.

Mais pas de méprise : si réfléchir est honorable, distraire est le maître mot. D’ailleurs, je caresse l’espoir d’écrire plusieurs séquelles dans la même veine, avec ou non certains des personnages de cet opus. En tâche de fond, j’aligne des idées. Sur ce sujet, ce n’est pas ce qui manque.

D’où vous est venue l’idée d’allier science-fiction et flibusterie du XVIIème siècle dans un même livre, pour Les Pilleurs d’âmes ?

D’un séjour à l’île de Ré en 2003 ! Comme je le dis dans les remerciements, le restaurant « La fiancée du pirate » est à l’origine de l’idée de départ. Les ailleurs m’inspirent. N’importe lesquels. L’Afrique, les Caraïbes, les déserts, les jungles, mais aussi les bois de ma région et la mer n’importe où. Les errances solitaires dans la nuit parisienne également. J’aime me dépayser lorsque j’écris. Certaines scènes de bataille ont été enfantées sous l’orage d’un rivage breton. L’Océan me fascine. C’est comme plonger dans le regard d’une femme.

Cela vous a-t-il pris beaucoup de temps en recherches historiques ?

Pas mal oui. Je dirais deux mois de temps réel. Je buvais à toutes les sources. Le jour, la nuit. La démarche est passionnante. Je dévorais tout ce que je trouvais sur le sujet, revues, films, livres, expos… Je pensais et jurais comme un flibustier, rêvais de terribles canonnades  dans le golfe de Maracaibo et buvais du rhum tandis qu’une esclave dépoitraillée dansait sur mon bureau... Que de sacrifices sur l’autel de l’art !

Bien entendu, je saoulais mon entourage avec mes anecdotes sur tel ou tel frère de la côte dont on croyait que… et qu’en fait non !

Dans Les étoiles s’en balancent j’ai repris mon bâton de pèlerin. Cette fois, dans le domaine de l’aviation et de l’écologie. Deux domaines en apparence antagonistes mais qui se rejoignent finalement (pour en savoir plus, rendez-vous chez votre libraire !). Là aussi, n’étant pilote moi-même, j’ai dû m’immerger dans le sujet. Pour cela, j’ai bénéficié de l’aide précieuse de mon pilote de frère et de quelques autres fous volants. D’un point de vue technique, la partie la plus ardue consiste à filtrer cette montagne d’informations pour n’en restituer que l’essentiel, dépouillé des technicités ennuyeuses pour le néophyte. Un équilibre entre fiction et réalité pas toujours évident à réaliser et qui nécessite pas mal de relectures « à froid ».

Vous avez été lauréat du prix Merlin en 2005, finaliste du prix Rosny aîné en 2006 et sélectionné aux prix Futuriales de 2011. Comment réagissez-vous face à ce succès ?

Ouille ! Il m’a fallu du temps pour trouver des bottes en mesure de contenir l’enflure de mes chevilles ! Plus sérieusement, il s’agit là d’une petite reconnaissance de la part des gens du milieu. Celle qui compte le plus reste celle des lecteurs. Lorsqu’un(e) lecteur(trice) poste son appréciation sur un forum ou vient me voir sur un salon, , c’est un petit succès. Parce que j’écris avant tout pour raconter des histoires, faire rêver. Et pour le plaisir  extrême de poser des mots qui chantent les uns à côté des autres.

Et puis, vous oubliez ma nomination aux Razzies (magazine Bifrost) pour l’ensemble de mon « œuvre » de traducteur chez Galaxies. Ça relativise.

Justement, en plus d’être auteur, vous traduisez aussi des textes anglo-saxons. Qu’est-ce qui vous a tenté, dans la démarche de traduire des écrits d’autrui ?

Cela permet de garder le pied à l’étrier du clavier en période de disette d’inspiration. Il y a une vraie jouissance dans l’exercice qui consiste à polir un texte étranger pour en restituer au mieux l’esprit d’origine. C’est une bonne gymnastique du dedans de la tête. Et puis, il faut bien admettre que cela aide à faire bouillir les pâtes ! Mais, être bilingue de naissance facilite les choses et en réduit le mérite ;-)

Pensez-vous un jour vous lancer dans la traduction de livres, ou préférez-vous en rester aux textes ?

Pour l’instant, je me cantonne aux nouvelles. La traduction d’un roman est un long processus qui réclame (à mon sens) une immersion totale dans le sujet. Je suis trop volage en idées pour cette démarche. Je ne dis pas « fontaine… » mais pour l’heure, je m’en tiens aux textes courts.

Et voici, bien entendu, la question toujours la plus attendue lors d’une interview : Avez-vous des projets de livres en ce moment ? Si oui, pourriez-vous nous en parler ?

Avec plaisir, bien sûr. Ces jours-ci, je débute un space opera, commandé par les éditions Critic (éditeur du Projet Bleiberg de David S. Khara), à paraître en 2013 ― ce qui fait un nom de plus dans votre liste plus haut ! Ce sera flamboyant, avec tous les attributs du genre. J’ai envie de vaisseaux formidables et de scènes de batailles en plan séquence… Évidemment, il y aura des « plus » que vous me permettrez de conserver bien au chaud dans ma boîte à malices !

D’ici là, j’ai un agenda chargé avec, en septembre, la sortie en poche chez Lokomodo, (ciel ! encore un nouveau nom !) du Chant des Psychomorphes. L’année prochaine, un projet autour de Les étoiles s’en balancent, secret à ce jour mais qui n’est pas une des suites éventuelles mentionnées tout à l’heure. En outre, il est possible qu’une réédition survienne pour un autre roman, suivie d’une sortie inédite, également en 2012… Chut encore ! (pure superstition).

Au milieu de cela, quelques nouvelles devront sortir de ma besace pour satisfaire à des appels à textes qui me tiennent à cœur.

Enfin, côté « action », à la rentrée je serai en dédicace sur les bons salons : Le 10/09 Science vs Fiction à Puteau (92), le 17/09 Librairie l’Antre-monde à Paris (chez la délicieuse Taly), le 18/09 au salon du livre de Rambouillet (78), 1er et 2/10 au salon du Polar de Roissy en Brie (77), le 22/10 salon du livre de La Bassée (Lille), du 9 au 13/11 aux Utopiales (Nantes), le 10/12 salon de l’Imaginaire à Sèvres.

Sans oublier, plus près de nous, la convention de S-F annuelle qui se tiendra à Tilff (Belgique, Liège) du 18 au 21/08/11. Celle-ci sera particulière dans la mesure où elle devait être organisée par l’ami Alain le Bussy qui nous a quittés bien trop tôt. Un homme à qui je dois tant et à qui j’ai dédié mon dernier livre.

Et puis d’autres manifestations non confirmées à l’instant présent.

Venez les gens, je vais mouiller la chemise ! ;-)

Merci infiniment d’avoir accepté de répondre à cette interview.

Ne me remerciez pas, ça flatte mon égo ;-)

 

Garlon

 

 

 

Commentaires (1)

dorothee.somborn-teboul
  • 1. dorothee.somborn-teboul | 31/05/2012
Bonjour Laurent,
si javais su plus töt, mais
Pour quand the next bestseller.
Good luck
Dorothee

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